Je t’aime, Jeune Homme moi-même, je t’aime, oui, cela va t’étonner, de me ressembler et de me rassembler, à travers ces mots où je cherche sans fin à relier tous les fils déliés de ma vie, ces mots qui jaillissent parfois avec la fulgurance des étoiles, ces fils qui se nouent en fils, celui dont je suis le père orphelin, Jeune Homme, mon fils.

J'écoute : le bruit du robinet qui fuit, pas si bête
Je regarde : ma ligne de vie, décidément bien longue
Je lis : ce qui me tombe sous la main : V. S. Naipaul (Un chemin dans le monde) et, bien sûr, indispensable Faulkner (le Domaine)
Je joue : à la roulette (la russe)
Je mange : ce que je trouve, des cochonneries locales...
Je bois : de l'eau dans la cour
Je cite : "L'amour, c'est l'infini à la portée des caniches" Louis-Ferdinand, de mémoire...
Je pense : à me coucher
Je rêve : à mes cauchemars
(mis à jour mercredi 11 avril 2007 à 20:47)

29/08/2007

29/08/07 - 06:51

070109-e

Le miracle de cette image-là minuscule réside dans le fait que nul n’est besoin de dire ce qui ne peut pas être dit qu’à l’être le tue je me comprends et ce qui ne peut pas être dit depuis la masse étalée tremblotante de gelée sur le matelas mousse est précisément cela est précisément

Ne tiens pas compte de mes paroles

mêmes les feintes toutes sont feintes d’ailleurs n’en tiens surtout pas compte

et si je te dis
Arrête

cela signifie
Continue

et si je te dis
Épargne

cela signifie
Tue

et si je te dis
je tue

ce que je dis je ne peux pas te dire cela il faut que tu le comprennes sans moi sans que j’aie cette nécessité de te le dire il faut que tu comprennes comme un grand mon petit et sans moi tout seul

et miracle bien qu’à être assurément d’une très grande difficulté vraiment très grande de prendre cette vieille putain si usée et par où passent tant et tant des régiments il passe parfois des chambrées dans la chambre toutes les chambres dans la même journée et même en même temps des défilés oui à la file le temps d’ouvrir et de refermer la porte et pas celui encore d’aller se vider entre deux oui assurément difficile impossible de prendre encore cette vieille putain et ces bleus ces cicatrices ces souvenirs d’anthrax ou d’autres choses accident partout sur les jambes les veinules des pieds sur leur blancheur de la mort qui là commence cet entrejambe qui ne ressemble plus à rien sinon à une absence une défection et qui pue qui exhale l’alcool par tous les pores et le tabac et la sueur
(cela sent le tabac la laine et la sueur)
mauvaise le linge pas propre la macération oui très difficile très difficile d’entendre et de croire quand ça dit

Doucement
Non

oui ça dit
Non

et encore
Attends

et
Tu vas me faire mal

et
S’il te plaît

et
Pas tout de suite
(encore un instant s’il vous plaît monsieur le bourreau)

alors forcément le miracle est qu’il y croit à ces ridicules effarouchements à ces ritournelles imaginez-vous une aussi vieille pute aussi carrossée cabossée qui vous dit de faire attention comme une pucelle difficile à avaler d’autant moins facile à avaler que loin de vraiment y croire croire à sa propre voix à ses propres paroles au contraire le penser qui les sous-tend leur est contraire et le penser pense de toutes ses forces

Vas-y

au contraire mon petit n’écoute rien de ce que pour la forme je dis baroud d’honneur pour l’honneur mais pas de vraie résistance et c’est autre que lui que pauvre et timide au fond comme lui ce pauvre stratagème ne marche pas assurément ne peut pas feindre d’aussi compliquées élucubrations si bien que son appréhension sa visible frayeur d’un faux-pas son anxiété et sa hâte son désir de plus en plus impérieux que peut de moins en moins contenir maîtriser cela se voit bien et cela ne peut pas le feindre non si bien qu’il y a ce miracle d’une demande non exprimée et satisfaite à son insu par lui qui devant levant parfois les yeux avec inquiétude comme pour chercher un assentiment ou du moins une neutralité ou même du supportable car il craint pire

alors prépare oui c’est le terme il prépare cette masse à son intrusion il lui faut doucement l’apprivoiser l’assoupir et pour cela par cela des caresses de plus en plus proches et précises jusqu’à et là réaction de la mais qui craint tout de même d’être pris à la lettre bien que cependant tout n’être pas feint et qu’il y a bien ce désir de retarder et de repousser le moment de cette intrusion mais pas par crainte d’une quelconque douleur qui est même bienvenue plonge comme Thomas son doigt dans la plaie incrédule aussi que malgré le si peu de résistance il y a néanmoins un soubresaut une réaction de fuite un sursaut une tentative d’échapper à cette intrusion à ce doigt dans la plaie qui déjà la fouaille désormais installé et investiguant ne cédant plus aux tentatives d’expulsion pour la forme là aussi et se tournant et se retournant pour épuiser les contorsions tout autour comme d’un annulaire l’anneau le gigantesque prolongement le fourreau vivant qui se tord et se retord dans une agonie de flammes et la voix aussi vaguelettes sur une berge vaseuse

alors enhardi il prépare le et la masse déjà prise le sent et dit
Non

et dit
Pas

et c’est alors que le miracle a lieu c’est alors que lui poussé par son désir son besoin ne pouvant plus désormais retenir son envie ni contrôler le temps de se dérouler à la succession de ce qui doit précéder son entrée celle de ce qui le précède et le tire comme un licol comme une proue une étrave à un navire comme ivre de forcer cet instant de s’en délivrer en pénétrant n’écoute pas et tout au contraire avec presque sinon de la brutalité mais une curieuse résolution et dans le même temps un regard anxieux levé vers le visage pour y lire la réaction lui deux fois Thomas deux fois incrédule s’enfonce encore dans la plaie et arrache un cri est-il de réelle douleur ou feinte plutôt d’étonnement étonnement devant cette miraculeuse concordance entre ce qui d’un côté ne peut en aucun cas être dit formulé exprimé et de l’autre cette hardiesse inaccoutumée car craint les réactions surtout quand la masse boit et se trouve imbibée d’alcool ce qui est le cas

puis la masse retombe toute résistance lutte vaincue achevée finie désormais béante ouverte comme une ville Rome désormais dans l’attente d’être comblée pleine secouée ce que justement devant maintenant le buste relevé à genoux de la plaie les doigts retirés et le regard sans un pour sa victime emparée par le sien regard mais au contraire baissé son regard et tout à l’affaire des deux mains autour maintenir et guider ce prolongement où tout son être se concentre et se prépare présentement à s’achever dedans elle ouverte énorme comme est pas excessivement mais très épaisse colonne égyptienne dont les deux savent à l’expérience l’épreuve ou la difficulté mais déjà ce n’est plus intéressant cela devient fatigant lassant toujours la même chose rien de particulier ensuite à signaler toujours la même histoire aucun intérêt devant avant guère non plus d’ailleurs

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— Alors, et toi, me dis L’Autre soudain alors que cela faisait plus d’une heure que nous parlions.
— Moi ?
— Oui, oui, toi…
Il y a eu un court silence. Il s’était retourné une seconde vers moi.
— Moi, je voulais une vie.
J’expirai la fumée que je venais d’avaler.
— Je la voulais pas meilleure qu’une autre, mais je voulais que ce soit la mienne.

C’est bien toujours la même histoire, allez ! Ombre, cris, pistons, rigodons. Tournez manèges, et à tous les passants encore ! Ma chambre, moi, elle est tout ouverte ! Tout le monde y défile, ça y va à la manœuvre ! C’est le pavé, ma descente de lit. Y’a foule tous les matins, ça piétaille, bouquille, tant et des plus... Je vais vous dire, j’en ai rêvé du désert. Toutes les rues que j’ai rêvées, moi, bien vides du chaland... Ça me casse, tiens, rien que d’y penser. Ça appelle bernique ! T’affouille ! Mon grenier, il rameute, le bruit que ça fait là-haut ! Et l’œil chiasseux, ça pète du nord jusqu’au bout. J’ai plus de trésors, on m’a tout pris, spolié, vidé, trucidé, cent, mille fois, écartaillé par les pompeurs de République, claque ! La liberté, je vais vous dire, ça appelle les chaînes.

Désormais rompu par ce mot premier Comme un pain que des mains écartèlent Celui-là se dissout s’enfuit avant disparaître Où celle-ci se déroule se construit après naître Déjà ce je que j’usurpe attend sa fin Qui Elle vient imminemment là Parole désormais close absoute abolie à peine naître Abandonnée à un mot qui le sera sans l’être Cède après ton dernier Devant celui qui te suit sans lettre

ADOPTER DES PARENTS
Notre rubrique s’intéresse aujourd’hui au problème peu connu de l’adoption de parents.
Je recommande vivement l’adoption de parents ; il est beaucoup plus facile d’adopter des parents que des enfants ; l’adoption de parents ne présente que des avantages par rapport à l’adoption d’enfant, toujours hasardeuse. En adoptant des parents, on sait où on va : leur vie est faite, elle n’est plus à faire : on sait ce qu’on adopte tandis que des enfants, des enfants, avec tout cet avenir devant eux, c’est très hasardeux, l’avenir, tenez, moi, par exemple, je voulais devenir général lorsque j’étais enfant parce que je trouvais l’uniforme de cérémonie élégant et que j’avais appris que l’État en fournissait deux, un d’été et un d’hiver…
Bref, en adoptant des parents, on lève toutes les hypothèses qui grèvent sourdement comme des hypothèques cette masse encombrante d’avenir à venir. Les parents, eux, ils l’ont derrière eux leur avenir, on peut s’y pencher, établir des comparaisons avant de choisir car l’adoption de parents réclame un examen attentif et quelques précautions avant de s’engager définitivement ; les parents que l’on adopte font beaucoup moins d’usage que les enfants, du moins en général ; ils durent moins longtemps, forcément puisqu’ils ont beaucoup moins d’avenir devant eux si bien que si l’on se trompe sur le choix, les conséquences en sont moins fâcheuses.
Bon, il ne faut pas demander la lune. Il faut prendre les parents adoptés comme ils sont. Ils ne changeront plus. Un bébé, un bébé, tout change et vite, je ne vous dis que ça ! Et parfois du tout au tout. Vous le prenez joufflu, et vingt ans plus tard il est maigre comme un clou et il passerait entre le mur et l’affiche sans la décoller ; vous le prenez pas trop gros, vous dites « vous m’en mettrez un pas trop gros, cette fois-ci, monsieur le boucher (pardon, là c’est pour l’escalope) » et puis, à quatorze ans vous vous retrouvez avec un obèse qu’il faut vêtir et encore en triple X comme un haltérophile.
Parfois, cela va encore plus loin, vous demandez un petit garçon, et puis cela va se faire changer de sexe à Amsterdam ou au Maroc et vous vous retrouvez avec une femelle qui a du mal à tenir sur ses talons aiguilles. Non, je n’ai jamais entendu parler de parents qui changeaient de sexe ; le risque, s’il existe, doit être minime.
Les frais sont moindres en matière d’éducation ; en revanche, ne croyez pas abaisser les frais de couches-culottes si vous prenez des parents trop âgés. Je ne le recommande pas : ils commencent à fuir. Vérifiez toujours l’étanchéité de chaque parent que vous envisagez d’adopter, en particulier du papa. Le papa a tendance avec sa prostate à avoir des problèmes, passé, disons cinquante ans. Il met beaucoup plus de temps à pisser, le jet est moins dru, et pour l’égouttage c’est tout une affaire. Comme un robinet forcé, ça goutte. Je déconseille formellement l’adoption des énurétiques. Cela ne s’arrange pas ; des enfants peuvent encore être éduqués, s’il convient à coups de triques, mais des parents âgés, il faut se faire une raison et poser une alèse.
En matière de santé, cela revient à peu près au même. Sauf que des parents, il est plus facile de le prendre à la légère en leur disant lorsqu’ils se plaignent qu’ils se font des idées ; pour peu qu’ils perdent un peu la tête, ils finiront par douter, par le croire : vous gagnez du temps sur l’hospitalisation et les frais médicaux.
Dans notre prochaine rubrique : ADOPTER DES PARENTS DE COULEUR

ADOPTER DES PARENTS DE COULEUR
Il faut bien réfléchir avant d’adopter des parents de couleur. Chez ces gens-là, il faut bien reconnaître qu’ils ne sont pas comme nous, la preuve : ils ne sont pas de la même couleur pour commencer ! Figurez-vous, ils font tout à l’envers : les parents de couleur ont l’habitude d’être respectés, je vous demande un peu… D’être servi, de manger toute la viande, si ça se trouve… On croit rêver. Taratata, pas de ça Lisette ! Mettez le holà immédiatement. S’ils veulent être adoptés par des gens civilisés, les parents de couleur doivent en adopter les us, les coutumes et les maisons de retraite, un point c’est tout. Commencez par les habituer graduellement, il faut rester humain, en les laissant seuls dans l’appartement avec une provision de boîtes de Canigou (n’oubliez pas de leur laisser à proximité un ouvre-boîte), pendant un week-end, puis les vacances d’hiver et enfin celles d’été. Rudoyez-les de temps en temps, puis de plus en plus fréquemment pour les accoutumer au traitement des aides-soignantes. Traitez-les de vieux cochons s’ils ont pissé au lit. Mettez-leur une bavette. Forcez-les à manger, en particulier s’ils n’ont pas faim ou ce qu’ils n’aiment pas. Au besoin attachez-les sur leur chaise. Si une visite vous surprend en train de les gaver ainsi, prenez un air désolé « Si vous saviez les soucis qu’ils me donnent, c’est bien simple, si je les laissais faire, ils ne mangeraient plus… ». En général ça marche très bien et vous recueillerez la sympathie de l’entourage qui vous plaindra bien d’avoir des parents si difficiles et qui leur jettera de plus un regard sévère et parfois même leur dira « tu n’as pas honte de faire ainsi des cheveux blancs à tes enfants adoptifs ? ». Si le vieux tente de bavoter une réponse, coupez-lui la parole aussi sec d’un grand coup de torchon (rêche de préférence) sur le clapet avec le commentaire (mezzo voce) « et en plus, si je vous disais : il bave… », et levez les yeux au ciel.
Si vous ne prenez pas un couple, faites attention avec les veufs ou les veuves. En particulier, surveillez-les pour qu’ils ne se masturbent pas. Contrairement à une idée fort répandue, ça leur tient encore chevillé au corps, on leur donnerait le bon Dieu sans confession et puis ils se touchent ! Faites-leur honte, vieux chameaux !
Le décès est l’aboutissement logique. Que voulez-vous, on voudrait les garder mais un jour il faut qu’ils s’en aillent. Ils quittent le nid, comme les petits oiseaux. Versez quelques larmes. Éplorez-vous en public. N’en reprenez pas tout de suite. Attendez un peu. Ne jetez pas les affaires qui peuvent resservir.