Je t’aime, Jeune Homme moi-même, je t’aime, oui, cela va t’étonner, de me ressembler et de me rassembler, à travers ces mots où je cherche sans fin à relier tous les fils déliés de ma vie, ces mots qui jaillissent parfois avec la fulgurance des étoiles, ces fils qui se nouent en fils, celui dont je suis le père orphelin, Jeune Homme, mon fils.

J'écoute : le bruit du robinet qui fuit, pas si bête
Je regarde : ma ligne de vie, décidément bien longue
Je lis : ce qui me tombe sous la main : V. S. Naipaul (Un chemin dans le monde) et, bien sûr, indispensable Faulkner (le Domaine)
Je joue : à la roulette (la russe)
Je mange : ce que je trouve, des cochonneries locales...
Je bois : de l'eau dans la cour
Je cite : "L'amour, c'est l'infini à la portée des caniches" Louis-Ferdinand, de mémoire...
Je pense : à me coucher
Je rêve : à mes cauchemars
(mis à jour mercredi 11 avril 2007 à 20:47)

15/05/2007

15/05/07 - 12:20

Infanticide 10

oui, je ne peux pas imaginer la suite, je ne peux pas imaginer qu’il y a un commencement en route, un commencement en marche, qui se lève et qui se met en route, et à cette époque il est encore bien peu crédible et encore moins crédible à lui d’avoir une suite, de n’être pas qu’un commencement sans suite, une de ces choses qui avortent, qui sont mort-nées

non, je ne me doute de rien, la seule chose dont je ne doute pas c’est que nous sommes en route nous aussi, mais nous nous le sommes en direction de ces murs, de ce décor et de ces objets qui nous attendent comme un piège à mâchoires tendu, pas même dissimulée l’odeur du piégeur, pas même masquée d’anis, ou de menthe, ou de graisse ani-male, non un piège à ressort bien tendu et bien visible dont la mâchoire bée et nous attend

alors nous arrivons dans la mâchoire du piège et il se referme comme toujours sur nous, avec ses murs, son décor et ses objets, et nous disons que la vie reprend quand ce n’est pas la vie, car ce n’en est pas une, et je ne sais pas ce qu’elle est si je sais ce qu’elle n’est pas, et le décompte recommence dans ma tête au moment même de refermer sur moi la porte de ma chambre et de retrouver toute la hideur des choses

je ne sais pas combien de jours s’écoulent avant la première, mais peu, je me souviens de rentrer un soir et elle me dit qu’une lettre est arrivée pour moi et je prends l’enveloppe et je regarde d’abord le cachet de la poste et je vois que c’est de là-bas où nous étions encore dans cette parenthèse quelques jours avant, et je regarde longtemps le cachet de la poste et les timbres collés et maculés par l’oblitération, et je lis aussi plusieurs fois mon prénom et mon nom suivis à la ligne de mon adresse écrite, et cela me fait un drôle d’effet d’être précisément là, à l’endroit même que désigne cette adresse, et d’être moi cette personne que désigne ce prénom que je n’aime pas, et ce nom qui n’est pas mien, et que je n’aime pas non plus, et aussi c’est la première fois pour moi de recevoir une lettre ainsi, sans savoir qui me l’envoie, car je ne connais personne là-bas, et des amies de vacances avec qui nous échangeons inévitablement nos adresses, et à certaines desquelles j’en donne une fausse, aucune ne vit là-bas si bien que je ne sais pas qui m’écrit cette lettre, alors je la retourne pour voir le nom de l’expéditeur au dos, que je vois sans le lire au moment de tourner l’enveloppe avant de lire la suscription, et je lis soigneusement calligraphié en capitale d’imprimerie l’initiale suivie du nom de famille, un nom qui ne me dit rien, et comme il n’y a devant que l’initiale du prénom cela me dit encore moins, et je ne sais pas même si l’expéditeur est une femme ou un homme

mais en même temps j’éprouve un curieux sentiment, un peu comme à être une façon pour la parenthèse, sans se poursuivre tout à fait, du moins à prolonger sinon son existence mais son souvenir, ou si vous préférez, de sentir à nouveau les effluves d’un parfum oublié, car le souvenir d’un parfum n’est pas un parfum, mais des images et des mots qui vont avec, et peut-être j’éprouve quelque chose qui ressemble à de la reconnaissance pour cela à l’expéditeur, à l’inconnu ou à l’inconnue qui m’écrit cette lettre, mais à aucun moment je ne pense à celui-là

et lorsque j’ouvre l’enveloppe sans la déchirer, bien qu’à être une idée absurde, et lorsque je déplie les feuillets pliés en deux et couverts d’une écriture fine recto verso et sans beaucoup de marge, une écriture régulière et sage aux lignes bien droites, aux alinéas bien alignés verticalement, aux feuillets numérotés même, je ne comprends pas qui m’écrit, et si je vois très vite qu’il s’agit d’un homme, je comprends encore moins, car je n’ai le souvenir d’aucun d’eux, si bien qu’au début en l’absence de souvenir, il me faut le doter d’un visage, d’une silhouette, comme d’un inconnu, d’un correspondant que je ne vois jamais, d’une voix avec ses inflexions, et finalement je me dis que c’est mieux ainsi, parce que je peux le modeler à ma convenance, et la lettre me parle de là-bas, et de celui-là, ce qu’il fait, que la saison est finie, que l’agglomération a repris son rythme, mais qu’elle paraît vide maintenant, qu’il fait encore beau

oui, il m’écrit ainsi plusieurs feuillets recto verso, de ces petites choses sans importance, mais qui ont pour moi le charme d’être un autre décor, où se trouvent d’autres objets, et d’autres murs, et simplement de n’être pas ceux entre lesquels je me trouve retenue
j’ai du plaisir à lire cette lettre et même si j’attends plusieurs jours avant d’y répondre, même si je me dis que je le fais et que je remets toujours l’instant de le faire, je finis néanmoins par écrire une réponse et l’adresser à l’initiale suivie du nom de famille, car je ne me souviens même pas du prénom de qui m’écrit

et ce n’est qu’après la troisième lettre, et parce qu’il y fait allusion, qu’il fait allusion à cette danse lors de cette fête, qu’il me revient vaguement le souvenir effectivement d’un parmi d’autres avec lequel je danse, mais celui-là je m’en souviens un peu plus que des autres, parce que je dois aller l’inviter moi-même, encore que je n’en ai pas l’idée, non, ce n’est pas moi qui en ai l’idée, c’est une de nos voisines de l’immeuble dont aujourd’hui j’oublie le nom, et qui le jour de l’enterrement est là dans l’allée de gravillons blancs et qui s’approche de la silhouette noire et verticale, flanquée de celles immenses des cyprès de gauche et de droite, pour lui rapporter avec la fierté d’une chienne un os à ronger, ça, cette bribe maintenant que tout est fini, que j’espère que tout est fini

et alors les lettres se succèdent régulièrement, toujours aussi prolixes et toujours aussi neutres, jamais il n’écrit pour parler de sentiments qu’il éprouve à mon égard, il écrit simplement qu’il a du plaisir à m’écrire, qu’il a l’impression que nous nous comprenons, enfin de ces mots qui ne veulent rien dire, mais je lui réponds de même, non pas que je crois à ces mots, mais je m’habitue à recevoir ces lettres, je sais les jours de leur arrivée et lorsque par accident l’une d’elles ne me parvient pas à la date prévue, j’en éprouve comme un manque, mais ce n’est pas de lui et de ces sentiments qui envahissent de plus en plus ses lettres, ou de ses projets, de ses espérances, de la façon dont il voit son avenir, de ses questions sur ce que moi j’éprouve, des réponses qu’il attend, non, ce n’est pas tout cela qui me fait attendre ses lettres, c’est simplement quelle viennent de là-bas, que je les sens en m’attendant à y trouver l’odeur de là-bas, et non pas encore parce que là-bas me semble un lieu enviable, non pas du tout, simplement c’est là-bas, ce n’est pas ici, c’est un éloignement, le plus loin me semble-t-il à cette époque, à moi de pouvoir aller, c’est une opportunité, aussi bien ce peut être ailleurs, du moment que ce n’est pas ici, du moment que c’est loin, du moment que c’est ailleurs, loin de ces murs, de ce décor, et de ces objets, et loin d’eux

et cela dure depuis presque un an, je crois, lorsque arrive cette lettre, et comme pour mieux marquer sa différence d’avec toutes celles qui la précèdent et de celles qui peut-être la suivent, ou au contraire de leur absence, pendant presque deux semaines, je ne reçois plus rien, et plutôt que de m’en inquiéter, j’en suis agacée et vexée, à rompre cette correspondance, je veux m’en revenir l’initiative, je ne supporte pas cette idée à lui d’interrompre ainsi, comme à être sans importance, à n’exister pas, non cela m’est presque intolérable, cela m’est d’autant plus intolérable, que je ne peux rien faire et que répondre revient à montrer ma faiblesse, je m’efforce donc de n’y pas penser, mais j’y pense toujours lorsque arrive la lettre, et je me dis toujours que s’il faut faire commencer à un commencement possible, c’est à cette lettre, oui, c’est sur cette lettre et ce qu’elle contient, et ce qu’elle attend de moi et de ma réponse que se joue la suite

et comprenez-moi, lorsque je la lis, lorsque je lis ces mots qui se suivent et qui forment des phrases, et que je comprends ce qu’il m’écrit, je ne pense pas à l’homme qui écrit cela, qui m’écrit cela, je ne songe même pas à la signification que lui il accorde à cela, à ce que cela peut représenter pour lui, et à ce que ma réponse peut représenter pour lui, et à tout ce qui peut s’ensuivre, non, je ne pense à rien de tout cela, je ne pense et je ne vois qu’une chose qui est de fuir ces murs, ce décor et ces objets, oui, même si ce n’est pas écrit dans la lettre que je lis, ce que j’y lis, moi, c’est cela, c’est fuir, et peu importe de fuir avec cet homme plutôt qu’avec un autre, je me dis pourquoi pas celui-là, après tout, je me dis il a des qualités, je me dis que je le connais mieux qu’un inconnu, parce que j’ai quelque part dans une petite boîte orientale en bois laqué où sont représentées des grues, et avec une serrure et une minuscule clé que je porte en sautoir
oui, ma hâte de fuir est telle que je trouve toute sorte de raisons de préférer celui-là à un autre, et je me dis qu’il est le premier et que cela en soi est une bonne raison, car je ne peux savoir quand se présentera une nouvelle occasion de fuir

c’est ainsi que je les convainc de retourner là-bas contrairement à leurs habitudes, de faire exception pour la seconde année consécutive à leurs habitudes ou d’en créer de nouvelles, et qu’il cèdent peut-être parce qu’ils commencent à me regarder avec une espèce de crainte, à me regarder comme une étrangère, ou en partie étrangère, parce que nous partageons de moins en moins de choses, de moins d’idées, de moins en moins de goûts, peut-être parce qu’ils craignent de me voir m’éloigner définitivement, ils cèdent, et nous retournons là-bas

et lorsque je le revois, ou plutôt je dois dire, lorsque je le vois, tant je n’ai presque pas gardé de souvenir de lui, j’éprouve naturellement cette déception par rapport à ce que j’en imagine, au visage que je lui prête, à la voix et à la silhouette, mais cela ne me dérange pas outre mesure, parce qu’à côté de son visage réel, de sa voix et de sa silhouette réelles, ceux que je lui imagine continuent d’exister et peut-être existent même davantage, si bien que je ne m’en préoccupe pas, que je me dis que cela n’a pas beaucoup d’importance, que ce qui est important est de fuir, même si c’est avec lui, si c’est lui la fuite

et il organise tout avec un esprit d’à propos et une détermination qui m’étonne, si bien que nous nous retrouvons invités, eux et moi, dans sa famille, si bien qu’il les persuadent que je peux profiter de la chambre vide de l’absent, et bien qu’ils n’y consentent que contrits et contraints, ils y consentent, et pour moi c’est déjà fuir, que de quitter l’hôtel et de venir dans cette chambre inconnue aux murs, au décor et aux objets inconnus, cette chambre où règne une ambiance si différente de celle qui règne dans la mienne, là-bas, parce que c’est la chambre d’un garçon, d’un jeune homme, d’un inconnu, et le premier soir, au moment de me coucher, j’éprouve une curieuse sensation de me trouver là dans cette chambre, et dans ce lit, et de regarder ces objets qui viennent d’encore plus loin, et il me semble qu’il y a une odeur particulière à cette chambre, pas un parfum, non une odeur que ce jeune homme inconnu a laissé derrière lui et qui me dépayse

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— Alors, et toi, me dis L’Autre soudain alors que cela faisait plus d’une heure que nous parlions.
— Moi ?
— Oui, oui, toi…
Il y a eu un court silence. Il s’était retourné une seconde vers moi.
— Moi, je voulais une vie.
J’expirai la fumée que je venais d’avaler.
— Je la voulais pas meilleure qu’une autre, mais je voulais que ce soit la mienne.

C’est bien toujours la même histoire, allez ! Ombre, cris, pistons, rigodons. Tournez manèges, et à tous les passants encore ! Ma chambre, moi, elle est tout ouverte ! Tout le monde y défile, ça y va à la manœuvre ! C’est le pavé, ma descente de lit. Y’a foule tous les matins, ça piétaille, bouquille, tant et des plus... Je vais vous dire, j’en ai rêvé du désert. Toutes les rues que j’ai rêvées, moi, bien vides du chaland... Ça me casse, tiens, rien que d’y penser. Ça appelle bernique ! T’affouille ! Mon grenier, il rameute, le bruit que ça fait là-haut ! Et l’œil chiasseux, ça pète du nord jusqu’au bout. J’ai plus de trésors, on m’a tout pris, spolié, vidé, trucidé, cent, mille fois, écartaillé par les pompeurs de République, claque ! La liberté, je vais vous dire, ça appelle les chaînes.

Désormais rompu par ce mot premier Comme un pain que des mains écartèlent Celui-là se dissout s’enfuit avant disparaître Où celle-ci se déroule se construit après naître Déjà ce je que j’usurpe attend sa fin Qui Elle vient imminemment là Parole désormais close absoute abolie à peine naître Abandonnée à un mot qui le sera sans l’être Cède après ton dernier Devant celui qui te suit sans lettre

ADOPTER DES PARENTS
Notre rubrique s’intéresse aujourd’hui au problème peu connu de l’adoption de parents.
Je recommande vivement l’adoption de parents ; il est beaucoup plus facile d’adopter des parents que des enfants ; l’adoption de parents ne présente que des avantages par rapport à l’adoption d’enfant, toujours hasardeuse. En adoptant des parents, on sait où on va : leur vie est faite, elle n’est plus à faire : on sait ce qu’on adopte tandis que des enfants, des enfants, avec tout cet avenir devant eux, c’est très hasardeux, l’avenir, tenez, moi, par exemple, je voulais devenir général lorsque j’étais enfant parce que je trouvais l’uniforme de cérémonie élégant et que j’avais appris que l’État en fournissait deux, un d’été et un d’hiver…
Bref, en adoptant des parents, on lève toutes les hypothèses qui grèvent sourdement comme des hypothèques cette masse encombrante d’avenir à venir. Les parents, eux, ils l’ont derrière eux leur avenir, on peut s’y pencher, établir des comparaisons avant de choisir car l’adoption de parents réclame un examen attentif et quelques précautions avant de s’engager définitivement ; les parents que l’on adopte font beaucoup moins d’usage que les enfants, du moins en général ; ils durent moins longtemps, forcément puisqu’ils ont beaucoup moins d’avenir devant eux si bien que si l’on se trompe sur le choix, les conséquences en sont moins fâcheuses.
Bon, il ne faut pas demander la lune. Il faut prendre les parents adoptés comme ils sont. Ils ne changeront plus. Un bébé, un bébé, tout change et vite, je ne vous dis que ça ! Et parfois du tout au tout. Vous le prenez joufflu, et vingt ans plus tard il est maigre comme un clou et il passerait entre le mur et l’affiche sans la décoller ; vous le prenez pas trop gros, vous dites « vous m’en mettrez un pas trop gros, cette fois-ci, monsieur le boucher (pardon, là c’est pour l’escalope) » et puis, à quatorze ans vous vous retrouvez avec un obèse qu’il faut vêtir et encore en triple X comme un haltérophile.
Parfois, cela va encore plus loin, vous demandez un petit garçon, et puis cela va se faire changer de sexe à Amsterdam ou au Maroc et vous vous retrouvez avec une femelle qui a du mal à tenir sur ses talons aiguilles. Non, je n’ai jamais entendu parler de parents qui changeaient de sexe ; le risque, s’il existe, doit être minime.
Les frais sont moindres en matière d’éducation ; en revanche, ne croyez pas abaisser les frais de couches-culottes si vous prenez des parents trop âgés. Je ne le recommande pas : ils commencent à fuir. Vérifiez toujours l’étanchéité de chaque parent que vous envisagez d’adopter, en particulier du papa. Le papa a tendance avec sa prostate à avoir des problèmes, passé, disons cinquante ans. Il met beaucoup plus de temps à pisser, le jet est moins dru, et pour l’égouttage c’est tout une affaire. Comme un robinet forcé, ça goutte. Je déconseille formellement l’adoption des énurétiques. Cela ne s’arrange pas ; des enfants peuvent encore être éduqués, s’il convient à coups de triques, mais des parents âgés, il faut se faire une raison et poser une alèse.
En matière de santé, cela revient à peu près au même. Sauf que des parents, il est plus facile de le prendre à la légère en leur disant lorsqu’ils se plaignent qu’ils se font des idées ; pour peu qu’ils perdent un peu la tête, ils finiront par douter, par le croire : vous gagnez du temps sur l’hospitalisation et les frais médicaux.
Dans notre prochaine rubrique : ADOPTER DES PARENTS DE COULEUR

ADOPTER DES PARENTS DE COULEUR
Il faut bien réfléchir avant d’adopter des parents de couleur. Chez ces gens-là, il faut bien reconnaître qu’ils ne sont pas comme nous, la preuve : ils ne sont pas de la même couleur pour commencer ! Figurez-vous, ils font tout à l’envers : les parents de couleur ont l’habitude d’être respectés, je vous demande un peu… D’être servi, de manger toute la viande, si ça se trouve… On croit rêver. Taratata, pas de ça Lisette ! Mettez le holà immédiatement. S’ils veulent être adoptés par des gens civilisés, les parents de couleur doivent en adopter les us, les coutumes et les maisons de retraite, un point c’est tout. Commencez par les habituer graduellement, il faut rester humain, en les laissant seuls dans l’appartement avec une provision de boîtes de Canigou (n’oubliez pas de leur laisser à proximité un ouvre-boîte), pendant un week-end, puis les vacances d’hiver et enfin celles d’été. Rudoyez-les de temps en temps, puis de plus en plus fréquemment pour les accoutumer au traitement des aides-soignantes. Traitez-les de vieux cochons s’ils ont pissé au lit. Mettez-leur une bavette. Forcez-les à manger, en particulier s’ils n’ont pas faim ou ce qu’ils n’aiment pas. Au besoin attachez-les sur leur chaise. Si une visite vous surprend en train de les gaver ainsi, prenez un air désolé « Si vous saviez les soucis qu’ils me donnent, c’est bien simple, si je les laissais faire, ils ne mangeraient plus… ». En général ça marche très bien et vous recueillerez la sympathie de l’entourage qui vous plaindra bien d’avoir des parents si difficiles et qui leur jettera de plus un regard sévère et parfois même leur dira « tu n’as pas honte de faire ainsi des cheveux blancs à tes enfants adoptifs ? ». Si le vieux tente de bavoter une réponse, coupez-lui la parole aussi sec d’un grand coup de torchon (rêche de préférence) sur le clapet avec le commentaire (mezzo voce) « et en plus, si je vous disais : il bave… », et levez les yeux au ciel.
Si vous ne prenez pas un couple, faites attention avec les veufs ou les veuves. En particulier, surveillez-les pour qu’ils ne se masturbent pas. Contrairement à une idée fort répandue, ça leur tient encore chevillé au corps, on leur donnerait le bon Dieu sans confession et puis ils se touchent ! Faites-leur honte, vieux chameaux !
Le décès est l’aboutissement logique. Que voulez-vous, on voudrait les garder mais un jour il faut qu’ils s’en aillent. Ils quittent le nid, comme les petits oiseaux. Versez quelques larmes. Éplorez-vous en public. N’en reprenez pas tout de suite. Attendez un peu. Ne jetez pas les affaires qui peuvent resservir.