31/08/2007J'ai appelé mon pèreJ’ai appelé mon père
J’ai dit Père !
Change mon nom !
Celui que je porte est tout couvert de peur, de boue, de lâcheté, de honte
(“Lover, Lover, Lover”, de L. Cohen, trad. de G. Allwright)
oui il va téléphoner tout à l'heure et je dois lui dire une décision prise oui un besoin peut-être conjurer des craintes des inquiétudes possible encore que je renâcle devant l'obstacle la difficulté c'est curieux tout de même n'est-ce pas comme il y a deux poids deux mesures et combien plus faciles sont à commettre les agressions et là je vois bien que je tourne je tourne
Il dit
Je t’enferme dans ce corps
Je le veux comme une épreuve
Tu peux l’employer comme une arme
Ou pour rendre un homme heureux
- J'ai un modeste blog où je publie mes divagations au cas où le cœur vous en dit à boire et à manger en matière de textes j'envisage de lui en donner l'adresse le temps passe le temps presse il n'est pas bon de remettre j'aimerais qu'il les lise mais bon peut-être est-ce un peu raide Au fait vous aviez raison le bonheur existe (et son corollaire) je crois même que je viens de le rencontrer Mieux vaut tard que jamais
- Première impression tout ça me semble en effet un peu raide brutal
- Eh oui mais je suis peu à l'aise dans les sucreries Que faire
- Pour les gens qu'on aime et qui ne peuvent tirer bénéfice d'une violence que peut-être ils ne comprennent pas rien d'autre que ce qu'ils attendent je peux avoir un avis sur ce que je vais lire certainement pas te donner un conseil
- Il n'arrête pas de me poser des questions sur ce que j'écris où j'en suis quand j'aurais "fini" etc. J'ai l'impression qu'il croit que je le tiens à l'écart que je ne veux pas le laisser lire ce que j'écris ce qui n'est pas le cas et me désole bref, impasse
Laisse-moi recommencer
Oh s’il te plaît
Cette fois, je veux un beau visage
Et dans mon âme, je veux la paix
- Deux remarques Tu as rencontré le bonheur je m'en réjouis et c'est peut-être ça que tu peux faire partager Et tu prétends que le temps presse pourquoi Se donner du temps est un élément de confort
- L'âge le leur le mien le sentiment de l'urgence l'autre jour en allant à la boulangerie je vois un cadre abandonné jeté je me dis que je le récupérerai sur le chemin de retour il n'y était plus au retour
- S'il est demandeur alors n'hésite pas Fais-lui tout lire et effectivement Le cadre disparu aura été ramassé par quelqu'un qui en avait forcément plus besoin ou plus envie que toi Dépêche-toi de tout faire lire c'est une bonne façon de combler l'éloignement
- Ce que je sais c'est que ce que je suis c'est dans ce que j'écris nulle part davantage que là je ne suis plus réel
- Allez donne-leur à lire ce que tu es
- Oui en fait j'attendais une confirmation elle est bienvenue d'une décision sans doute prise je rôdais autour depuis quelques jours est "bien" est bon tout ce qui est porteur de "vérité"
Il dit
Je ne lâche pas, tu sais
Je ne tourne pas la page
C’est Toi qui bâtis le temps
Et couvre mon visage
ce je-me-souviens à jouer des manèges lui justement quoi la mémoire la mémoire des images des images dans le désordre comme d'une boîte renversée au hasard qu'on les ramasse un petit cinéma intérieur du super-8 et le projecteur qui chauffe des mariages des nouveau-nés des enfants des fêtes une espèce de gymkhana comme un justement et un grand bouillon blanc une truite à attraper à la main dans un seau pas facile
l'antique 4cv tombée en panne
un aigle électrocuté
un message secret sous les lattes du parquet
une panne à La-Garde-Freinet une masure et un figuier
ses mains toujours propres et blanches
son écriture si particulière
un grenier que nous pillâmes où se trouvaient des cartes postales
une qui représentait un repas de cannibales
blagues de mauvais goût
il faillit se noyer à côté de moi
des vers luisants dans le talus les soirs de juin
la perche à perf qu'il avait bricolée lui-même
sa façon de tordre la bouche
sa façon de fumer la pipe
un conférencier qui parcourait le monde à vélo
il est né dans une roulotte
de ne l'avoir jamais appelé ainsi
je me souviens
je me souvien
je me souvie
je me souvi
je me souv
je me sou
je me so
je me s
je me
je m
je
j
Oh Lover, lover, lover, lover, lover, lover, lover,
Reviens vers moi
30/08/2007070511i-nad-mi-ssi-ble
répète le Représentant
0,7 gramme
pense l’Administrateur
Tout à fait monsieur le représentant
absolument
Mais enfin comment une chose pareille a-t-elle pu se passer il faut la sanctionner et qui qui l’a amenée là-bas
l’administrateur se répète avant d’entrer dans le bureau directorial qu’il lui faut absolument taire je ne dis pas mentir mais taire au moins son rôle non pas par égard envers le représentant mais pour protéger l’autre parce qu’à désigner qui est coupable au représentant celui-ci décide d’un renvoi certainement et alors ne peut plus voir l’autre ce n’est pas beaucoup demander que de voir l’autre seulement voir n’est-ce pas monsieur donc il entre dans le bureau exactement comme l’autre entre dans la chambre du mort surtout il ne faut pas que je le dise il ne faut pas et combien de fois se répète-t-il cette phrase oui combien de fois combien de fois n’a-t-il pas peur de sa propre bouche qu’au moment même où il se répète en sa réalité intérieure qu’il ne lui faut pas laisser se former ces sons dans sa bouche à l’aide de sa langue de son palais de ses lèvres de son souffle venus des poumons de ses cordes vocales il entend de ses propres oreilles qui pénètrent jusqu’à son cerveau ces sons sortis de sa bouche et aériens léger invisibles se répandre dans l’air alors qu’il se répète encore en lui-même il ne faut pas il ne faut pas mais tout en se disant cela tout en se disant qu’il ne faut pas dire ces mots prononcer ces sons il y a un moment en lui où il lui faut comme offrir la tête sur un plat
0,7 gramme voyons pas neuf heures de plus en plus fort à cette allure-là bon si j’attends encore un peu le pro-blème c’est de tomber au bon moment pile poil ni trop ni trop tard penser à une note à propos de l’autre en ca-le-çon dans le couloir incroyable in-croy-y-a-ble comme il dit dit-il il sue est-ce que c’est à cause de parce que l’est le seul d’ailleurs bon après tout n’a qu’à se démerder
une de ces habitudes naturelles comme on le dit des enfants qui n’ont ni père ni mère déclarés de père et de père inconnus une de ces habitudes dont on ne sait pas d’où elles sortent d’où elles viennent pourquoi comment elles se sont imposées
…/…
29/08/2007070109-eLe miracle de cette image-là minuscule réside dans le fait que nul n’est besoin de dire ce qui ne peut pas être dit qu’à l’être le tue je me comprends et ce qui ne peut pas être dit depuis la masse étalée tremblotante de gelée sur le matelas mousse est précisément cela est précisément
Ne tiens pas compte de mes paroles
mêmes les feintes toutes sont feintes d’ailleurs n’en tiens surtout pas compte
et si je te dis
Arrête
cela signifie
Continue
et si je te dis
Épargne
cela signifie
Tue
et si je te dis
je tue
ce que je dis je ne peux pas te dire cela il faut que tu le comprennes sans moi sans que j’aie cette nécessité de te le dire il faut que tu comprennes comme un grand mon petit et sans moi tout seul
et miracle bien qu’à être assurément d’une très grande difficulté vraiment très grande de prendre cette vieille putain si usée et par où passent tant et tant des régiments il passe parfois des chambrées dans la chambre toutes les chambres dans la même journée et même en même temps des défilés oui à la file le temps d’ouvrir et de refermer la porte et pas celui encore d’aller se vider entre deux oui assurément difficile impossible de prendre encore cette vieille putain et ces bleus ces cicatrices ces souvenirs d’anthrax ou d’autres choses accident partout sur les jambes les veinules des pieds sur leur blancheur de la mort qui là commence cet entrejambe qui ne ressemble plus à rien sinon à une absence une défection et qui pue qui exhale l’alcool par tous les pores et le tabac et la sueur
(cela sent le tabac la laine et la sueur)
mauvaise le linge pas propre la macération oui très difficile très difficile d’entendre et de croire quand ça dit
Doucement
Non
oui ça dit
Non
et encore
Attends
et
Tu vas me faire mal
et
S’il te plaît
et
Pas tout de suite
(encore un instant s’il vous plaît monsieur le bourreau)
alors forcément le miracle est qu’il y croit à ces ridicules effarouchements à ces ritournelles imaginez-vous une aussi vieille pute aussi carrossée cabossée qui vous dit de faire attention comme une pucelle difficile à avaler d’autant moins facile à avaler que loin de vraiment y croire croire à sa propre voix à ses propres paroles au contraire le penser qui les sous-tend leur est contraire et le penser pense de toutes ses forces
Vas-y
au contraire mon petit n’écoute rien de ce que pour la forme je dis baroud d’honneur pour l’honneur mais pas de vraie résistance et c’est autre que lui que pauvre et timide au fond comme lui ce pauvre stratagème ne marche pas assurément ne peut pas feindre d’aussi compliquées élucubrations si bien que son appréhension sa visible frayeur d’un faux-pas son anxiété et sa hâte son désir de plus en plus impérieux que peut de moins en moins contenir maîtriser cela se voit bien et cela ne peut pas le feindre non si bien qu’il y a ce miracle d’une demande non exprimée et satisfaite à son insu par lui qui devant levant parfois les yeux avec inquiétude comme pour chercher un assentiment ou du moins une neutralité ou même du supportable car il craint pire
alors prépare oui c’est le terme il prépare cette masse à son intrusion il lui faut doucement l’apprivoiser l’assoupir et pour cela par cela des caresses de plus en plus proches et précises jusqu’à et là réaction de la mais qui craint tout de même d’être pris à la lettre bien que cependant tout n’être pas feint et qu’il y a bien ce désir de retarder et de repousser le moment de cette intrusion mais pas par crainte d’une quelconque douleur qui est même bienvenue plonge comme Thomas son doigt dans la plaie incrédule aussi que malgré le si peu de résistance il y a néanmoins un soubresaut une réaction de fuite un sursaut une tentative d’échapper à cette intrusion à ce doigt dans la plaie qui déjà la fouaille désormais installé et investiguant ne cédant plus aux tentatives d’expulsion pour la forme là aussi et se tournant et se retournant pour épuiser les contorsions tout autour comme d’un annulaire l’anneau le gigantesque prolongement le fourreau vivant qui se tord et se retord dans une agonie de flammes et la voix aussi vaguelettes sur une berge vaseuse
alors enhardi il prépare le et la masse déjà prise le sent et dit
Non
et dit
Pas
et c’est alors que le miracle a lieu c’est alors que lui poussé par son désir son besoin ne pouvant plus désormais retenir son envie ni contrôler le temps de se dérouler à la succession de ce qui doit précéder son entrée celle de ce qui le précède et le tire comme un licol comme une proue une étrave à un navire comme ivre de forcer cet instant de s’en délivrer en pénétrant n’écoute pas et tout au contraire avec presque sinon de la brutalité mais une curieuse résolution et dans le même temps un regard anxieux levé vers le visage pour y lire la réaction lui deux fois Thomas deux fois incrédule s’enfonce encore dans la plaie et arrache un cri est-il de réelle douleur ou feinte plutôt d’étonnement étonnement devant cette miraculeuse concordance entre ce qui d’un côté ne peut en aucun cas être dit formulé exprimé et de l’autre cette hardiesse inaccoutumée car craint les réactions surtout quand la masse boit et se trouve imbibée d’alcool ce qui est le cas
puis la masse retombe toute résistance lutte vaincue achevée finie désormais béante ouverte comme une ville Rome désormais dans l’attente d’être comblée pleine secouée ce que justement devant maintenant le buste relevé à genoux de la plaie les doigts retirés et le regard sans un pour sa victime emparée par le sien regard mais au contraire baissé son regard et tout à l’affaire des deux mains autour maintenir et guider ce prolongement où tout son être se concentre et se prépare présentement à s’achever dedans elle ouverte énorme comme est pas excessivement mais très épaisse colonne égyptienne dont les deux savent à l’expérience l’épreuve ou la difficulté mais déjà ce n’est plus intéressant cela devient fatigant lassant toujours la même chose rien de particulier ensuite à signaler toujours la même histoire aucun intérêt devant avant guère non plus d’ailleurs
070109-dC’est impossible trop impossible vraiment inaccessible étoile don bras Lépante amputé d’ailleurs quel âge oui impossible ça repousse sans arrêt comme de la mauvaise herbe hier
vous le revoyez s’affairer devant votre regard aussi vous montrez ignoble hier
non pas d’allant pas d’allant même lui et pas retrouvé regrets pourtant ne pas se souvenir comment comme les autres sans doute Il vient souvent et bien aise de venir sans doute selon toute vraisemblance attachement à moi justement à cause de cela dédain toujours prétends que cela se résume boucher et vache
oui pauvre d’une famille pauvre ça se voit tout de suite alors que la plupart des autres de familles moyennes ou riches mais pas M pas M et sa malnutrition disant vivre avec sa mère ce qui est peut-être sans doute vraisemblablement vrai et parfois me demandant si peut emporter un peu de farine ou un sachet de lentilles (le plat de lentilles) ou de haricots ou de je ne sais quoi enfin de quoi rapporter à sa mère M dont la joie soudain débridée gambade en slip ramené comme un string entre les fesses dans la raie M à qui je trouve alors un air enfant qui m’exaspère qui ne m’est pas supportable M qui a faim qui demande après si peut faire des œufs
Eh bien fais des œufs si tu veux
Tu en veux
Je m’en fous
parce que le carton dans le coin de la pièce de la chambre une des chambres selon le caprice du moment parce qu’à ce moment-là toutes encore libres pas de locataire(s) donc seul dans l’appartement
et lui pas celui-là ni lui mais l’autre qui que donc tantôt dans l’une tantôt dans l’autre au gré de l’humeur tantôt celle à la lumière rouge celle à la fenêtre sur la rue qui est l’ancien « salon » comme ils disent là-bas celle de l’ordinateur et de ses images qu’il regarde quand il vient et qui l’excitent s’il en est encore besoin ce regard fixe qu’il a alors cette fixité du regard face à l’écran
et parfois selon le degré d’alcool lorsqu’on ne va pas s’affaler sur le matelas qui se balade de pièce en pièce parfois venir à genoux entre ses jambes et il dégage de lui-même cette chose dressée et dure qui transforme
pauvre et maigrichon qui sautille avec un faux string entre les fesses et une joie fugace de récréation et de laisser-aller que ne peut pas se permettre au-dehors qui le transforme en chevalier gladiateur que sais-je en maître en capitaine en bourreau en boucher en grand prêtre qui le transforme en homme qu’il n’est pas dehors qu’il devient et qui impose sa loi son pouvoir qui est qui domine monte « couvre » comme coche un coq comme on les voit enfant dans la basse-cour en une curieuse ba-taille dont ils sortent les deux ébouriffés ébahis hébétés
oui lui qu’on laisse peu à peu s’investir de cette assurance qu’il ne parvient jamais tout à fait à maîtriser comme d’autres parce qu’il se sait pauvre et l’habitude des rebuffades de son statut tout en bas qui vient ici pas seulement pour ça pour se satisfaire mais aussi pour un peu exister pense-t-on c’est vraisemblable prendre un peu de repos lui
et cela me revient
J’en ai tant vu qui s’en allèrent qui ne demandaient que du feu
qui se contentaient de si peu qui avaient si peu de colère…
cela dit très bien monté
lui assez bien très bien même doté dans le peloton de tête et doué
mais c’est cette image précisément qui surnage
Pourquoi celle-là
et c’est dans la chambre de la fenêtre l’ancien « salon » avec ses volets persiennes en fait fermé(e)s mais pas la fenêtre à cause de la chaleur que vous le faites ce jour-là si bien que le matelas juste dessous la fenêtre et de l’autre côté dans la rue à cause de l’arbre dehors et de son ombre la bande des gamins du quartier les plus jeunes accotés contre la paroi du mur seul son épaisseur vous sé-pare eux et vous et vous pouvez les entendre dans leur langue que vous ne comprenez pas et leurs cris leurs rires et parfois les hurlements les larmes les cailloux frappés contre le mur aussi
et de ce temps les deux là sur le matelas deux corps en sueur à cause de la chaleur sur ce matelas mousse au milieu d’un désastre de draps pas propres pas du tout propres même
avec dans le coin à l’opposé de la porte d’entrée le carton de six bouteilles d’un litre de whisky d’exportation vente interdite là-bas donc ici puisque j’y suis et que l’ici est devenu là-bas
et la branche où ne perche plus le perroquet
et l’autre coin où s’accumulent les bouteilles vides une armée de bouteilles vides comme fantômes de soldats
(Dites ces mots ma vie et retenez vos larmes)
avant que le jeune homme ne vienne les prendre pour les revendre à condition qu’il leur reste leur bouchon à un Baol-Baol
et donc bien ivre déjà vraisemblablement ce jour-là toujours tortue sur le dos ou crabe ou masse (de-vant lui) une espèce de gelée tremblotante ou la tremblante écartée comme en attente d’écartèlement finalement assez innocente gelée attendant livrée attendant mais sans attente alors puisque toujours recommencer toujours
et vous devant lui avec ce regard votre regard qui se partage entre le sien que de temps en temps il capture avec un peu d’inquiétude comme toujours à craindre de vous avancer trop avant vous avec lui enfant parmi les adultes pauvre parmi les riches timide parmi les effrontés chétif parmi les bien nourris
ce regard de désir aussi de fièvre d’égaré ce regard qui ne s’appartient plus
alors qu’en face de lui étalée et écartée la masse inerte est dépourvue de ce regard équivalent parce que déjà embuée d’alcool au point de n’être plus retenue encore que par un filin un bout (prononcer boute) livrée
Vas-y fais ce que tu veux
comme une putain dans un bordel quelconque ou un bordel pas quelconque mais un bordel dans un port un bordel de marin (saint martyre protégez-nous) un bordel pas cher le bas de la gamme avec des putains usées qu’on recycle là qui finissent là leur carrière comme ces cimetières de navires ou ces terrains vagues ces décharges ces casses où dorment des carcasses de voitures de véhicules militaires et même de BMC oui une vieille putain qui ne marche plus qu’à l’alcool qui ne fait même plus semblant un savant semblant mais qui se livre comme un cheval fourbu un qui tourne au manège les yeux bandés
cela vous rappelle l’autre c’est vieux et la fois où vous le faites dans une caravane pratiquement à l’abandon dans les dunes et dont il se procure les clés c’est près d’un port en été c’est vrai et il fait chaud mais vous laissez tout fermé y compris les rideaux et malgré la pénombre demander de lui mettre le bandeau pour l’aveugler et ne pas pouvoir vous voir du temps que baise qui baise
oui peut-être encore la curiosité de voir ce qui va arriver la façon dont va user de cette liberté à laquelle n’est pas en coutume lui comment va se montrer prendre les choses en main et les initiatives et finalement c’est cela ce repos de l’abandon de n’avoir plus à prendre d’initiative de les laisser à les prendre et soi seulement attendre on ne s’imagine pas le labeur d’être bourreau
je le sais moi puisque la première fois qu’il me faut égorger je connais la peur et le fais dans la honte toute porte et volets clos et plus tremblant qu’un puceau au bord du grand gouffre le cœur en bond au bord de sauter par dessus bord les jambes prises d’un tremblement nerveux incontrôlable
oh on n’imagine pas on ne lui imagine rien à lui cette fatigue qu’il a parce qu’il est celui qui doit agir fendre et porter les coups et que s’il rate son coup c’est la mort assurée ou pire encore la mort dans la défaite la honte et l’humiliation alors pensez victime c’est reposant il n’y a qu’à attendre et même encore se payer le luxe de voir comme il va s’en sortir son assassin son meurtrier ce qu’il va pouvoir inventer assister au spectacle n’être que houle foulon et lui navire ne rien risquer lui le naufrage
d’où ce regard qu’il a et qu’ils ont tous plus ou moins où se mélange à la fois le désir de la bête en rut qui vide leur yeux comme après un orage et peut-être l’angoisse la hâte d’en finir la peur aussi d’en finir de se dépouiller de leur arme de se désarmer de déposer les armes
oui l’envie d’en découdre et celle du repos du guerrier alors lui ce jour-là il a ce regard que le sien capte et dont encore aujourd’hui se souvenir même pas d’ailleurs se souvenir aussi sûrement enregistré qu’il suffit pour à surgir revenir être là présent avec son visage et même son corps tout autour de ce regard
et le partage donc ce regard entre celui de la masse étendue et ouverte devant lui et qui le regarde de ce regard brumeux vague incertain bovin archaïque et lui entreprend alors son travail de bourreau ou de découvreur défricheur laboureur perceur de canal ou de coffre-fort inventeur de nouvelle route de passeur sans cesse recommencer sans cesse toujours la même histoire il faut à lui s’y lancer et vaincre et parvenir à et s’immiscer mystère plonger vaincre oui les réticences les résistances les peurs les appréhensions les sursauts les contractions les lassitudes peut-être les fatigues
oui de cela sans doute et voit cela devant soi et lui faut de son propre avis à moins se rompre les os se montrer prudent pour ne pas risquer à un moment ou à un autre de déchirer d’un coup l’accord pour l’instant encore fragile palpable mais et prêt à tout instant à rompre qui fait cette masse devant s’offrir à ou du moins laisser s’approcher alors encore dans son regard un peu de l’angoisse du sacrificateur un peu d’anxiété de rater son coup de ne pas faire du bon travail et de devoir s’y reprendre à deux fois ou plusieurs ne cherche pas de ce fait la force trop risquée et réservée à de plus fortes personnalités que la sienne mais la persuasion de ses mains qui rodent s’approchent entament une espèce de danse et voyant insectes autour de lampe s’approchent encore de l’autre côté de celui de la masse inerte jusque-là et molle tout le contraire de son corps de la masse débordante la sienne ramassée sèche et nerveuse et maigre (toujours a faim et ne réussit jamais sans doute à en sortir vrai-ment à connaître le sentiment la sensation de satiété) et d’un côté la profondeur encore refermée mais destinée à s’ouvrir et de l’autre la dureté érigée ce hissé cet assaut encore libre mais impatient cheval avant le départ de la course mais destiné à s’enfouir s’engouffrer après pénétrer ouvrir se frayer écarter se glisser forcer repousser autour fendre s’enfoncer se planter combler remplir percer forer bref on s’épuise mais pour l’instant ce n’en est pas le justement il faut d’abord obtenir un peu plus d’abandon et pour cela amadouer endormir apprivoiser peut-être tromper abuser
070109-cce que je lui refuse de son vivant je lui accorde dans la mort la mort réconcilie même Caïn et Abel
dire
C’est la place du mort
puis
Il faut toujours occuper la troisième place même si elle reste vide il faut toujours comme l’assiette et le couvert pour le pauvre ou l’étranger réserver sa place car il faut toujours un tiers même invisible même si seule son absence est là parce que sans tiers nous ne sommes rien tu sais que pour raconter une histoire il faut être trois celui qui la raconte celui qui la comprend et celui qui n’y comprend rien nous aussi nous sommes trois même si tu penses que je déraisonne que la place est vide du tiers et pourtant il est là du moins moi je le sais ce que je ne sais pas en revanche de vous deux le tiers et toi lequel est celui qui comprend et celui qui ne comprend pas mais lequel penses-tu être toi
Peut-être ni l’un ni l’autre peut-être celui qui ne comprend qu’une partie de l’histoire sans la comprendre dans sa totalité
Ce que tu peux te montrer raisonnable maintenant tu ne l’es pas toujours crois-tu que c’est pour cette raison qu’il y a cette différence entre nous
De quelle différence veux-tu parler
Et maintenant tu fais celui qui n’y comprend rien comme à toi ne pas savoir comme à ne pas comprendre à quoi je fais allusion tu attends de moi mettre les points sur les i
ce que nous recevons l’amour et la haine
Tu te trompes tu ne reçois pas la haine
Mais qui le dit sinon toi qui viens de le dire est-ce que je dis jamais moi que mon lot est la haine et toi le tien l’amour non c’est toi qui viens de le dire
ainsi tu penses recevoir l’amour
Tu sais très bien que ce n’est pas ce que je veux dire
Non tu ne le veux pas mais tu le dis
Je dis que tu crois recevoir la haine
Et que je ne dis pas je dis d’un côté l’amour de l’autre la haine et toi tout de suite tu en déduis que tu reçois l’amour et tu en déduis que je pense recevoir la haine n’est-ce pas
Si tu veux oui
Nous avançons
070109-bDieu merci on les retrouve ensuite sans quoi peut-être sommes-nous encore en train de nous poser des questions et peut-être de ne jamais avoir de réponse on les retrouve et encore tout juste s’ils ne risquent pas d’être tout simplement brûlés ou détruits ou mis aux oubliettes sans à personne prendre la peine de les lire mais heureusement il y a quelqu’un pour s’y intéresser pour les lire les déchiffrer car ce n’est pas facile de les décrypter en comprendre le sens il a sa façon à lui de s’exprimer qui n’est pas toujours évidente c’est le moins à en dire et d’abord la personne qui se met en tête de lire ces cahiers n’y voit pas ce qu’ils sont n’y voit pas autre chose que le résultat d’une douce manie un document intéressant justement en tant que document dans le style d’une vue de l’intérieur de l’établissement d’une espèce de journal tenu au jour le jour décrivant le quotidien de petites choses qui se produisent et qui peuvent seules intéresser quelqu’un qui les vit parce qu’il y a beaucoup de cahiers et qu’ils ne sont pas numérotés si bien qu’il n’y a pas d’ordre pas de commencement avec un premier cahier et les autres à la suite mais la personne qui se met en tête de les lire finit par tomber sur un cahier où il est question de ce qui se passe je veux dire des événements qui nous nous intéressent c’est-à-dire d’abord de la disparition des raisons de la disparition et puis ensuite bien sûr de la noyade et de la découverte du cadavre puis enfin de la nuit du meurtre cela il faut lire tous les cahiers pour le reconstituer mais la personne qui se met à lire les cahiers à les déchiffrer ou les traduire si vous voulez commence par se demander si ce n’est pas le contraire d’élucubrations mais une relation précise cohérente à sa façon des faits qui se déroulent dans un style qui certes n’a rien d’administratif mais qui n’en recèle pas moins la clé peut-être de ce que nous cherchons
voilà c’est comme ça que nous finissons par savoir et sans cela je ne suis pas ici aujourd’hui pour vous le raconter du moins pour vous raconter le fin mot de l’histoire parce que sans cela nous ne savons peut-être jamais l’entière vérité il nous faut cela pour pouvoir tout reconstituer et effectivement cela devient enfin plausible et même crédible et même vraisemblable logique cohérent mais aujourd’hui encore de penser au temps que nous passons à chercher chercher inlassablement à tous ces efforts à toutes ces dépenses mêmes à toutes les conséquences que cela entraîne et à celles que l’on peut éviter si nous avons ces cahiers à temps oui même encore aujourd’hui de penser qu’ils sont là à portée de la main et que tout l’établissement le sait qu’ils le voient tous les jours avec ses foutus cahiers et qu’aucun jamais n’a la moindre curiosité ne montre la moindre velléité de les lire le moindre intérêt et se contente de lui tapoter l’épaule comme on fait à un animal de compagnie inoffensif pour se débarrasser de l’idée de sa présence parce que sa présence ne compte pas ou du moins pas plus que celle d’un animal de compagnie et qu’il peut se livrer à cette occupation sans lui tricher en aucune façon sans chercher le moins du monde à se dissimuler en jouant pour ainsi dire cartes sur table et en abattant son jeu et cela sur plusieurs années de penser à tous ceux qui se succèdent bardés de diplômes et d’expérience qui établissent des diagnostics définitifs et à nous nous professionnels de la chose avec tous nos moyens humains matériels toute cette machine qui se met en marche dès qu’on retrouve le cadavre et de ce temps lui tranquille son petit bonhomme de chemin et inlassable comme une fourmi chaque jour que Dieu fait ses petites écritures comme il leur dit avec une fausse modestie dont entre nous il doit bien rigoler oui même aujourd’hui voyez-vous je ne peux m’empêcher de penser à l’ironie de tout cela ce qui me reste c’est l’ironie de toute cette histoire la dérision et l’ironie voilà ce qui me reste rien que cela dérision et ironie ironie et dérision deux mots qui suffisent à moi tout résumer
…/…
070109-aet de tout ce temps l’autre les observe et les observe dans une solitude seule à savoir et en savoir beaucoup plus que nous tous réunis mais même cela nous ne le savons pas nous ne savons même pas que l’autre sait ce que nous nous aimons savoir et dont nous ne nous doutons même pas qu’il peut exister un être qui connaît qui sait les différents liens des choses apparentes qui sait la totalité de ce dont les uns et les autres ne savent qu’une seule partie une toute petite partie pour certains une plus grande pour d’autres mais dont aucun ne sait pratiquement la totalité comme lui non nous ne nous en doutons pas et le plus beau c’est que non seulement nous ne nous en doutons pas et non seulement l’autre sait pratiquement la totalité de l’histoire non seulement l’autre en est l’un des acteurs majeurs sans que personne ne le voit jamais mais en plus il ne se cache pas de cette vérité qu’il détient il s’en cache d’ailleurs si peu qu’il l’écrit
oui vous m’avez bien entendu il l’écrit on le voit toujours avec son cahier qu’il trimbale toujours avec lui et son stylo un simple stylo à bille de ces modèles que l’on trouve dans toutes les boutiques et qui ne lui durent pas plus de quelques jours étant donné la quantité de mots qu’il écrit ainsi tranquillement sans se cacher et sans personne vous m’entendez personne pour jamais prendre la peine de s’inquiéter de savoir ce qu’il écrit avec parfois de temps en temps un membre ou un autre du personnel qui passe et qui le voit faire lui demande ce qu’il fait (ce qui est évidemment stupide puisqu’il est en train d’écrire précisément cette scène au moment où elle se déroule et qu’il est en train d’y incorporer la personne qui lui pose cette question au moment où elle la lui pose) et lui il répond qu’il écrit (naturellement on imagine ce qu’il doit en penser) et alors il arrive que cette personne surtout lorsqu’il s’agit d’un homme mais pas exclusivement) membre du personnel s’approche de lui et lui tapote l’épaule en lui disant d’un ton lénifiant (ce qu’il ne manque pas de noter)
C’est bien continue continue d’écrire
ce qu’il fait évidemment et personne, personne, vous m’entendez, ne prend, jamais pris la peine, de lui demander ce qu’il peut bien écrire, de lui demander de pouvoir lire ce qu’il écrit, de se pencher enfin et de lire ce qu’il écrit, dehors il y a des dizaines de personnes qui se trouvent mobilisées pour travailler pour tenter de reconstituer une histoire il y a des suppositions des hypothèses des spécialistes et des analyses de laboratoire des rapports par dizaines des dossiers qu’on mesure en décimètres de hauteur et de tout ce temps la vérité après laquelle nous courons tous est là dans ces cahiers qu’il accumule et que personne personne ne songe jamais à lire
28/08/2007070707oui je suis comme ça j’aime l’odeur des camions poids lourds l’été lorsqu’ils sont garés le moteur encore brûlant sur le goudron du parking devant le relais routier et que le goudron lui-même est si chaud qu’il remplit l’air de son odeur et que l’odeur du goudron et celle des vapeurs d’essence de l’huile de l’acier chauffé se mêlent et donnent le vertige
oui je suis comme ça j’aime ces endroits comme devant le relais routier avec son parking sans limite précise mais entouré d’un noman’s land où l’herbe folle le dispute aux plaques de goudron avec ses épaves ses carcasses de vieilles voitures envahies de ronces et presque invisibles pour certaines avec l’arrière-cour du relais et sa façade et son enseigne et l’intérieur plein de bruits de cris avec l’odeur de l’alcool de la bière avec les nappes en papier les chocs des verres les rires gras l’odeur anisée des apéritifs du vin le sol jonché de mégots le billard et le flipper avec son bar et ses rangées de bouteilles et de verres oui j’aime ça j’aime ces endroits
le revêtement de goudron est fissuré à certains endroits cela fait des bourrelets comme on voit à la télévision dans les documentaires sur les volcans leurs éruptions et la lave et puis il y a les abords avec leur charge de détritus divers de papiers d’emballages vides de cartons de mouchoirs à jeter après usage de gobelets en plastique de préservatifs usagés de papier hygiénique maculé éparpillé entre d’étiques broussailles faméliques et sahéliennes il y a une frontière pas si loin au-delà de laquelle les stridulations des insectes
des cigales
commencent
mais c’est au-delà
on le sait bien
et avec ce chant quelque chose qui doit ressembler à la campagne peut-être
avec cette invisible frontière entre deux mondes ici la ville et là-bas la campagne
oui j’aime ces endroits envahis par l’odeur forte ammoniacale de leur urine car ils viennent tous au même endroit comme à vouloir ainsi que certains mâles d’animaux marquer les limites de leur territoire et ils se débraguettent dans un geste ample sans un regard pour ce qui est au-devant de leur yeux mais uniquement ce qui s’y trouve en dessous
oui ils regardent cette chose qu’ils tiennent d’une main ou des deux les deux pieds légèrement écartés ils cherchent une bonne assise sur le sol qu’ils vont arroser de leur odeur
et autour d’eux il y a comme le halo de chaleur qui monte du revêtement de goudron de la route l’odeur de leur sueur et l’on voit les endroits les aisselles de larges surfaces plus sombres sur la poitrine le bas de leur dos où leur chemise est plaquée contre leur peau
27/08/2007070943l’autre vient me le dire elle vient vêtue de toute son affliction fausse et enjôleuse et elle prend comme par poignées de cheveux arrachés des précautions inutiles car je la vois bien venir et je sais ce qu’elle va me dire mais je la laisse approcher et je me montre même plus aimable avec elle que d’ordinaire et quand je vois qu’elle vient lourde de ce qu’elle veut me dire et avide de voir les effets sur moi de ce qu’elle va finir par dire je donne de l’innocence à mon visage et à mes yeux oui je leur donne de l’innocence et comme je vois qu’elle est là avide de dire ce qu’elle a à me dire et en même temps anxieuse d’en prolonger le moment qui précède d’en prolonger cet instant de paix factice entre nous comme à s’apprêter à égorger un poulet et qu’elle retarde à loisir l’instant de plonger la lame et d’en percer le cou et qu’elle jouit de tenir ainsi sous sa main cette vie palpitante à la merci de la lame tenue de l’autre main et qu’il ne tient qu’à elle par pur caprice de décider d’épargner cette vie ou de lui accorder un instant de rémission ou encore d’en hâter la fin et de même avec moi elle fait avec ce qu’elle a à me dire avec cette vérité qu’elle tient en main comme à tenir un couteau la lame pointée vers mon cou et elle me parle de choses et d’autres comme à me tourner autour en cherchant l’endroit où elle va le faire l’endroit le mieux indiqué pour que le sang y coule et le laver ensuite une fois que tout est fini en faisant couler de l’eau pour effacer toutes les traces oui je la vois et je comprends et je sais même ce qu’elle va m’annoncer et je comprends aussi qu’il lui dit et je comprends qu’il lui dit en lui disant qu’elle est la seule à qui il le dit et je sais aussi qu’il lui fait jurer le secret qu’il lui fait jurer de ne jamais le dire à quiconque oui je sais tout cela et je sais même le ton l’intonation de sa voix la mimique de son visage à l’instant même où il lui dit ça et elle pauvre imbécile je la vois aussi au moment de recevoir cet aveu ce secret
oh oui je vois son air de gravité et je vois la façon pour elle de se satisfaire de cet aveu de se secret partagé je vois comment elle doit se dire au moins c’est à moi seule qu’il confie cela qu’il dit cela et encore y voit-elle une preuve de son attachement de sa confiance et s’en console-t-elle la pauvre imbécile elle ne le comprend jamais elle ne comprend jamais qui il est et comment il fonctionne alors je la laisse venir je la laisse s’approcher je la laisse jouir de ces quelques instants pendant lesquels elle croit qu’elle me tient à sa merci et qu’elle va me plonger cette vérité dans le cou comme elle plonge la lame d’un couteau et même je l’aide je me pare de mes airs de victime que je sais prendre et j’ai l’air d’hésiter comme à vouloir lui confier quelque chose mais que j’hésite à le faire comme à me dire puis-je le lui dire à elle et que je veux le faire que j’ai envie ou plutôt besoin de le faire de me confier à quelqu’un mais que je ne sais pas à qui et que là la voyant devant moi je me pose la question de savoir pourquoi pas après tout ne pas me confier à elle mais au dernier moment de me raviser si bien qu’elle voit ce que je veux qu’elle voit et je la laisse encore un peu dans cette attente jusqu’à ce qu’elle-même commence à me parler en me demandant si je n’ai pas quelque chose à lui dire que je peux lui parler que je peux lui faire confiance alors j’hésite encore et je finis mais comme à contrecœur et elle avide m’encourage tremblante que je renonce alors je parle
Pontalors vous venez sans vous demander de quelle histoire c’est la faillite si vous l’êtes vous-même ou si c’est l’autre qui l’est ou si encore c’est ailleurs mais vous venez vous traversez des pensées contradictoires vous vous concentrez pour y échapper à ce que faire conduire les panneaux routiers les interdictions et les priorités avertir avec le clignotant regarder un deux trois les différents rétroviseurs et encore un regard par-dessus l’épaule par surcroît de sécurité feux allumés qui changent de couleurs secondes qui s’élargissent moteurs qui émiettent toutes sortes de bruits et même des ronflements stop bandes blanches jaunes continues discontinues vitesse comme au cinéma dans une voiture on se sent protégé il y fait chaud maintenant même si le faux cuir du siège où vous asseoir est encore froid alors que dehors il fait plus froid encore et que des pots d’échappement des autres voitures devant vous une vous dépasse vous voyez s’échapper ce qui n’est pas de la fumée même si parfois c’en est mais de la vapeur d’eau limitation de vitesse coup d’œil au compteur vous n’êtes pas quelqu’un à franchir les limites vous les respectez quarante kilomètres à l’heure dans les agglomérations
Un gosse peut débouler à la poursuite d’un ballon combien de distance pour s’arrêter immobiliser les combien une tonne plus moins alors le gosse
voilà le drame affreux les suites toutes les suites judiciaires la honte la culpabilité l’horreur ce que l’autre ne comprend pas ne comprend jamais comme à le faire exprès le sait pourtant bien non pas qu’il ne faut pas ça tout le monde le sait ce n’est pas une plaisanterie non mais que cela vous agace le fait exprès justement pour ça parce que ça vous agace et que le sait
Enfin bon me demande de venir
une remarque en passant
je dois le dire ça me fait enfin plaisir non ce n’est pas le mot oui enfin bien que bref je m’en passe bien passe bien si y va enfin plus âge lequel ce qu’on dit surtout à notre époque enfin bon ma faute certainement ma faute bon ce qu’on fait ce qu’on ne fait pas de toute façon tout chamboulé enfin des ils le dommage que ça tombe à ce moment mais bon ce n’est jamais le moment surtout ne pas paniquer se montrer à la hauteur calme calme pas s’énerver qu’est-ce que c’est que ces histoires ces ces consignes oui ces consignes enfin ça m’arrange ses consignes va monter à l’arrière comme moi chauffeur de taxi ou de maître oui voilà chauffeur de maître ne pas dire un mort tiens je pense un mort faire le donc ne pas prononcer une parole naturellement boit n’ose pas me le dire les rastaquouères ne dois pas dire enfin penser des mots pareils raciste ça enfin bon n’empêche enfin bon bon mais savoir ce que va foutre nom d’une pipe en bois boit si ça se trouve se drogue aussi alors là c’est foutu fichu la fin du haricot ne pas s’énerver ne pas s’inquiéter ne sert à rien abso-lu-ment à rien s’inquiète assez comme ça pour deux pour trois pour quarante même et souffre souffre Ah si peut se taire des fois mon Dieu me fatigue parfois bon je vois déjà ce que ça va donner quand je vais rentrer c’est son idée aussi l’autre ne lui plaît pas moi non plus d’ailleurs veut rien dire un vrai âne bâté une mule non mais je t’en fiche moi enfin son idée naturellement ne peut pas tenir sa langue ne peut pas se taire toujours des catastrophes il faut le dire et le lui dire patatras enfin bon bon mais encore tant bon ne pas s’égarer l’heure ça va pas de retard alors bon la valise dans le coffre pas oublier encore faut bien même si deux ou trois bien dire quelque chose ce que ça comment quoi Ah nom de d’une pipe en bois de Dieu tiens mais pourquoi pourquoi qu’est-ce qui cloche c’est sa faute aussi c’est toujours leur faute m’en occupe peut-être pas assez peut-être peut-être sûrement sûrement quelle rue déjà connaîs pas enfin arriver un peu à l’avance pour repérer les lieux sûr que boit tout ça c’est l’alcool et puis la ville et puis aussi l’influence est influençable finalement alors c’est l’autre qui l’entraîne enfin bon rester courtois mais dit ne pas monter vont descendre ce qu’on va se dire et qui le père le fils ou le saint frusquin peut-être pas le moment de rigoler je dois avoir honte alors voilà parle à tort et à travers et puis encore après veut mais chante sur tous les toits encore veut pas que les autres savent comme s’ils ne savent pas déjà rien qu’à voir on comprend ils comprennent tous
ne veut pas que vous l’accompagnez en voiture seulement jusqu’à la gare préfère partir sans vous et arriver en fin de matinée il fait très beau de plus en plus chaud nous avançons vers l’été à cette heure-là il y a peu de circulation sur la route et presque personne dans les rues pas le silence non mais l’absence de bruits qu’on finit par ne plus remarquer à quel point il vous assourdissent les moteurs tous ces bruits des activités humaines des déplacements des travaux parce qu’à cette heure-là on devine les gens rentrés chez eux pour manger ou se préparer à le faire la campagne est tout proche des dernières maisons après le pont et quand s’y engager qui s’écrase de soleil sans aucune ombre parce que c’est midi ou peu s’en faut y être sans personne que soi et de tout le temps de le traverser aucun véhicule ni y croiser quiconque pas même un chien errant c’est à ce moment-là parce qu’à marcher lentement comme à vouloir faire durer cet instant de traverser le pont sous le soleil de subir ce soleil qui y paraît différent de ce qu’il est avant le pont et qui se montre peut-être différent encore après marcher lentement mais ralentir encore et même s’arrêter pour s’accouder sur le parapet et d’abord regarder en bas le fleuve presque asséché avec seulement des trous d’eau et par endroit des poissons crevés et là s’accouder au parapet en levant le regard sur les berges là que le voir d’abord sans le reconnaître parce qu’il est très différent du temps où le connaître qu’il est à l’abandon vraisemblablement depuis des années déjà à la fois le bâtiment et le parc mais le reconnaître quand même et le reconnaissant fait se souvenir de venir ici sans l’avoir reconnu une première fois parce que vous cherchez une chambre d’hôtel en plein milieu de journée peut-être aussi la même saison et le regard de l’homme qui tient la réception au moment de tendre les clés puis vous montez jusqu’à l’étage où vous trouvez votre chambre où vous n’avez pas besoin de mettre les persiennes qui sont déjà rabattues non pas complètement mais entrouvertes ce qui laisse entrer dans la chambre une étroite lame de lumière dense comme une matière au point que l’on a l’impression si l’on tend la main de pouvoir s’en saisir vous riez lorsque vous regardez le lit que vous découvrez aussitôt comme vous vous déshabillez et vous faites l’amour puis ensuite vous restez ainsi vos corps non pas serrés mais plutôt mêlés comme si après la fusion de l’orgasme vous ne parvenez pas à vous dénouer tout à fait comme deux corps demeurés entremêlés non pas l’un sur l’autre ni l’un contre l’autre mais dans une position confuse dénuée de volonté et vous faites encore l’amour tandis que déjà dehors le jour doit baisser parce dans la chambre la lame de lumière n’est plus qu’un mince fil pâli et cette fois vous faites l’amour avec hâte parce que vous savez que vous vous trouvez déjà engagés dans une course avec le temps qu’il vous faut rentrer et vous séparer parce que l’autre ne doit pas savoir et qu’il vous faut rentrer chacun de votre côté et à des moments différents et encore avant de vous quitter vérifier l’un pour l’autre l’absence de marques d’indices et même d’odeur
mais la première fois qu’y venir remonte à plus loin encore alors que n’être qu’enfant et que vous revenez en famille de vacances vous vous arrêtez ici pour y passer la nuit et vous vous mettez en quête d’un hôtel on vous indique celui-là qui est en fait une vieille bâtisse bourgeoise que sa propriétaire ne peut plus entretenir et décide de convertir et une fois la chambre retenue et les bagages déposés vous devez encore partir en ville pour trouver un restaurant où on veut bien vous servir malgré l’heure et vous en trouvez un où dans une salle déserte sans votre présence vous vous souvenez manger un melon au porto qu’on vous autorise malgré votre âge et que vous ne demandez que pour cette raison et sans vous attendre à l’obtenir
alors vous pensez à jeter par-dessus le parapet tous vos papiers d’identité votre portefeuille et votre argent vous ne savez pas pourquoi cette pensée vous vient et vous vous rendez bien compte de son absurdité mais elle s’en trouve renforcée et n’en devient que plus pressante au point que vous n’osez plus faire un geste par peur de votre main votre main prend le portefeuille en dehors de votre volonté et le jette dans le lit du fleuve
puis autre pensée ou espèce d’hallucination non pas vraiment une hallucination parce que vous ne le voyez pas mais la prescience qu’elle va se produire que vous allez vous voir enfant surgir à vos côtés ou peut-être vous attendre de l’autre côté du pont attendre patiemment et paisiblement à vous de finir de traverser vous enfant à l’âge où vous vous arrêtez ici en revenant de vacances et cette pensée ne fait plus aucun doute devenue certitude affolée vous avez alors une autre pensée qui semble la suite logique de la précédente et qui est de vous étrangler enfant de vos mains tout en sachant que c’est vous et cet acte qui semble se dérouler ou être déjà déroulé ne vous paraît pas brutal mais la réponse à une demande muette de l’enfant qui est vous ou qui l’est dans le passé ou encore en qui vous êtes aujourd’hui en qui vous vous trouvez en germe et qui ne meurt pas et cette idée de la mort de vous enfant l’idée que cette mort ne s’est pas produite vous paraît comme quelque chose de terrible qui ouvre une succession de catastrophes auxquelles on ne peut remédier et vous ne pouvez remédier qu’en réparant la faute commise et en vous étranglant enfant d’ailleurs vous-même enfant semblez au courant de ces enjeux et même mieux que vous-même adulte ne l’êtes de cette impérieuse nécessité que cet âge adulte qui peut s’atteindre et qui s’atteint peut-être ne doit pas l’être vous l’étranglez alors sans hâte ni violence avec l’application absente d’une chose absolument nécessaire
vous revenez à l’hôtel abandonné ou au matin vous prenez votre petit déjeuner dans ce qui est du temps de l’opulence un jardin d’hiver et dont seule aujourd’hui demeure la carcasse rouillée vous vous efforcez à calculer quelle est l’année de ces vacances le doute subsiste
enfin vous quittez le parapet où vous accouder et vous reprenez votre marche sans plus penser à l’enfant évanoui comme certaines images d’un rêve entre deux autres scènes qui demeurent apparemment intactes vous finissez par arriver au bout du pont
…/…
26/08/2007060313-bc’est une bête un animal tapi dans un creux petite et fragile comme un serpent dans une forêt après la pluie et vu par un enfant qui appelle le vieux qui l’accompagne et de ce temps le serpent tout doucement
À quoi ?
deux pas de l’enfant
glisse en arrière dans la souche pourrie où il se trouve et l’enfant le voit peu à peu disparaître et quand le vieux arrive il a complètement disparu pourtant l’enfant sait que le serpent est là sans doute une couleuvre parce que les couleuvres aiment l’eau et les vipères non parce que aussi l’enfant sait reconnaître malgré son âge les couleuvres des vipères et il sait leurs habitudes et il est fier de lui parce qu’il ne part pas en courant effrayé mais qu’il reste exactement à l’endroit où il se trouve pour appeler le vieux à vrai dire il reste et il le sait bien parce que justement la peur le fige et la répulsion jamais il ne se trouve aussi prés d’un serpent mais quand le vieux s’approche il ne voit pas le serpent et l’enfant lui dit qu’il est dans la souche mais le vieux ne le croit pas et l’enfant ressent cela comme une injustice et même comme une trahison et il ne sent pas en lui quelque chose qui monte mais qui est du ressentiment et le besoin de se venger un jour oui tapie là une bête avec un air absolument inoffensif presque ridicule absolument pas menaçante comme l’est le serpent et comme le sont les anus protractiles des chevaux comme le sont les crânes des nouveaux-nés fragiles et palpitants avec leur fontanelle qui bat comme un cœur et qui semble qu’elle va crever la fine peau comme d’une pomme qu’un économieux pèle si fine qu’on voit à travers si on l’élève tenue entre les doigts des deux mains vers le ciel et le soleil et qu’on regarde à travers sa translucidité la lueur orangée derrière une bête oui quelque chose d’animal d’animal vivant ni dangereux ni apeuré ni menaçant mais vivant doté d’une vie d’une vie autonome avec ses propres mouvements qui ont eux aussi quelque chose de reptilien des masses des volumes mouvants glissants mais à la différence des fontanelles des nouveaux-nés sans rythme ou alors avec un rythme mais très lent et qui se brise parfois s’accélère comme ces gouttes d’eau qui descendent sur la vitre s’agglomèrent fusionnent puis se séparent semblent hésiter puis se décider et d’un trait accomplissent plus de trajet d’un coup qu’elles n’en n’ont fait en trois fois plus de temps auparavant et on devine dessous le corps de la bête qui bouge ses membres si elle en avait ses organes sa machinerie qui bouge sous quelque chose de flasque de mou une vieille peau pas tendue comme celle des fontanelles mais alanguie alourdie mais il ne faut pas s’y fier il ne faut pas se fier à cette mollesse à cette alanguissement à ces mouvements souterrains qu’il faut bien regarder pour les voir
mais elle se réveille la bête se réveille maintenant et elle passe de son innocence de son inoffensive innocence de sa dissimulation du creux tapi ou tapie elle se cache la voilà qui commence à dévoiler son jeu et sans qu’encore on en sente la véritable menace on devine cependant qu’elle est en train de s’armer comme une puissance qui se prépare à la guerre et on entend comme une rame de métro qui s’en trouve précédée un son sourd d’abord lointain mais qui insistant se rapproche roulement d’un tonnerre qui n’en finit pas ou bien celui d’une lourde et antique machine de guerre catapulte ou quelque chose de ce genre que tirent des centaines d’esclaves ou de soldats en tuniques et qui a des roues de bois cerclées de fer et qui fait de l’ombre sur le sol et qui avance et qui se dresse bientôt qui dresse sa menace maintenant devenue audible visible déclarée qui n’attend plus qu’un instant pour que se déclenchent les hostilités et l’on se dit mais comment avons-nous pu nous montrer aveugles à ce point comment avons-nous pu ne pas voir l’instant où il était encore temps où l’on pouvait éteindre le feu l’instant où l’on pouvait encore enrayer l’épidémie car enfin on assiste à ces préparatifs et peut-être même on s’en amuse on rit on s’en moque on joue avec ce qui n’est pas un jeu et maintenant la menace est là précise et dressée et déterminée et on sait que rien ne peut plus désormais l’arrêter qu’elle à obtenir son dû
c’est le moment qu’il faut payer subir la destruction et le ravage
et maintenant c’est fini c’est le vaste champ des ruines et des territoires dévastés et le silence des morts et la bête est repue d’avoir pris son dû d’avoir infligé la défaite et maintenant elle repose tranquille comme une soldatesque un soudard ivre de pillage de viols et d’alcool ou comme un blessé mourant seul sous le soleil dans une combe qu’il n’atteint pas oui elle est toute débraillée encore des lambeaux d’uniformes défaits par la guerre et les combats mais ils n’ont plus rien désormais de menaçant que des restes parce qu’elle est comme un serpent qui vient d’avaler une proie vivante peut-être trop grosse pour lui et devenu incapable de se défendre à la merci du moindre rongeur qui en viendrait grignoter la queue et la main pourrait la prendre qu’elle se laisserait prendre peut-être et peut-être retomberait lourdement assommée de ses pillages de ses viols et de l’alcool abrutie elle dort alors qu’elle n’est pas encore sortie complètement de la guerre
et en même temps ce sont les yeux et leur regard oui la bête est dans les yeux et le regard on peut la voir dans les yeux et le regard ou sinon la voir du moins en deviner la présence car les yeux et le regard sont comme les yeux et le regard de la bête aveugle c’est par les yeux et le regard que la bête voit comme c’est par la bouche que la bête parle qu’elle dit des mots que des mots sortent de la bouche et aussi c’est par les mains que la bête saisit car les mains sont aussi la bête celles de la bête et tout le corps est le corps de la bête il n’est de corps que le lieu de la bête le lieu où elle loge le lieu où elle est tapie et parfois le lieu d’où elle surgit elle se dresse et elle menace
parce que tout comme certains animaux marquent leur territoire le marquent de leur odeur de leur urine de glandes spéciales qu’ils ont pour cela la bête marque le corps où elle gît et d’où parfois elle surgit elle le marque jusqu’en ses plus extrêmes extrémités jusqu’au bout du bout des ongles de chaque doigt et de chaque orteil jusqu’à la pointe du moindre cheveux et même au-delà dans cette épaisseur d’air qui entoure le corps et qui est comme un prolongement de la peau et elle l’habite et elle le déborde et ce n’est pas le corps jamais qui laisse une odeur qui serait l’odeur du corps mais la bête et même lorsque le corps veut cacher l’odeur de la bête et qu’il croit le pouvoir grâce à des parfums ce ne sont que des masques mis à son odeur et c’est toujours elle qui finit par triompher
et de même tous les fluides qui échappent de ce corps sont les fluides de la bête triomphante de ce corps emparé elle dissimulée en lui
et comme Lui la bête partout présente jamais visible
pauvres hommes qui croyez avoir des reins des torses et des poitrines des membres des organes des sens qui croyez avec pouvoir préhender saisir émettre des sons et même des sons qui ont des sens et les entendre de surcroît et des bouches avec tout ce qu’il faut dedans pour goûter avaler goulûment et vite sucer téter aspirer et boire et même vous enivrer baiser et parfois des pieds ou des sols retrouvés ou perdus ou inconnus et promis mais jamais atteints et qui croyez encore pouvoir toucher frapper ou caresser et qui croyez voir et même dites de mes yeux vu vous dis-je ce qui s’appelle voir
Ah voir
c’est la bête qui voit quand vous ne la voyez jamais même sous les yeux elle vous demeure hors d’atteinte ne le savez-vous pas encore et vous pouvez la saisir à pleine mains et vous pouvez en fixer croyez-vous l’image d’une manière ou d’une autre et même en des multitudes d’images inanimées ou animées et même encore la figer en sculpture la figurer en ronde-bosse ou de n’importe quelle manière vos vains efforts ne servent de rien la bête toujours toujours vous échappe et au fond entre nous vous le savez bien vous le savez si bien d’ailleurs que vous pensez chercher autre chose à saisir que la bête et c’est bâtir une cathédrale d’allumettes ou de mots quelle importance quelle différence cela fait mais comme vous ne renoncez pas c’est étonnant mais c’est ainsi et l’on peut s’en étonner de vous voir toujours poursuivre poursuivre depuis tout ce temps et toute une vie de chaque vie vous ne renoncez pas parce que quel que soit le déguisement dont vous pouvez l’affubler que la cathédrale soit d’allumettes et exposée dans une vitrine de pharmacie avec fièrement posée sur le sol de la devanture le petit carton où se trouvent inscrits les noms prénoms de l’auteur et les dates de début et de fin de sa construction (et pourquoi se moquer) ou encore qu’elle soit de mots avec de la même manière finalement sur sa page de grand titre le nom là aussi de l’auteur et tout à fait à la fin avant les pages qui encore la séparent de la couverture le ou les noms du lieu ou des lieux et les dates de commencement et de fin non vous ne renoncez pas on peut l’admirer tout aussi bien que vous déclarer fous mais vous ne renoncez pas et vous ne renoncez pas parce que toujours c’est la bête que vous chassez et comme vous ne l’attrapez jamais et que vous le savez bien c’est à se demander pour finir si tout simplement vous ne l’avez pas inventée cette bête si elle n’est pas sortie tout droit armée de votre imagination si elle existe pour de bon comme disent les enfants je vous assure je vous rassure la bête existe bien même si pas plus moi qu’un autre ne la voit jamais ni ne la voit jamais même si elle ne peut être réduite à aucun signe et qu’en en parlant on ne peut parler que d’autres choses entre autres
et tous ils parlent de la même chose même s’ils la nomment différemment mais moi je nomme ainsi la bête
060313-aje ne sais pas si je peux un jour me débarrasser des miroirs ils sont des puits sans fond où disparaît à chaque instant la plus grande part de moi-même ce que les autres voient de moi ce qu’il entendent ou croient savoir n’est que la toute petite l’infime partie de ce qui échappe à cette chute à l’intérieur de ce vide c’est pourquoi aussi je ne suis rien d’autre que cette chute permanente de mon image mon image s’y fragmente à la surface des miroirs elle n’y est jamais entière mon image y ricoche comme à lancer des galets sur l’eau il n’y a pas d’instant il n’y a pas d’instantané de l’image il n’y a que ce mouvement de la chute qui est sans fin ce vertige de la chute toujours je sais qu’il me faut mourir sans mon image retrouvée
tout ce que je peux espérer c’est le temps de mettre un peu d’ordre un semblant d’ordre avant
il y a tous ces papiers qui sont bien lus un jour si je n’ai pas le temps de les détruire ils découvrent tous ces brouillons toutes ces ratures qu’y comprennent-ils je vous ai tellement écrit et sans jamais vous trouver
…/…
le vice va toujours dans la même direction et cette direction c’est celle de l’abstraction le vice va toujours vers de plus en plus d’abstraction d’abord le vice c’est une créature de chair et de sang puis de là ce sont plusieurs créatures semblables puis en arriver à toutes les créatures semblables enfin parvenir à l’idée de ces créatures en tant que créatures de chair et de sang et pour finir se contenter de représentations de ces créatures et tout au bout de ces représentations de ces symboles de ces signes que sont les mots qui les évoquent
c’est la raison pour laquelle redouter les mots et leur attribuer un pouvoir tout comme les peuples primitifs adorent les idoles auxquelles ils prêtent des magies redoutables ils croient que parce qu’ils emploient un mot à la place d’un autre ils changent ainsi les choses le réel du monde extérieur et les mots ainsi se chargent d’un pouvoir émotionnel qui évoluent passant parfois d’un extrême à un autre qu’à ne plus dire ceci par exemple mais cela ils effacent ainsi une partie du monde réel en ce qu’il a de plus difficilement supportable à leur yeux la différence l’autre mais ce sont des innocences des naïvetés une fois un mot employé il porte en lui toutes les émotions qui se sont successivement attachées à lui bonnes ou mauvaises et il entraîne avec lui tout ce cortège d’âmes mortes des émotions qui se sont succédé tour à tour insultes et tour à tour éloquents éloges ou humbles hommages
les mots changent les émotions qui s’y attachent changent aussi sans effacer les précédentes elles viennent s’y ajouter en alourdissant ainsi certains mots de plus de poids que d’autres mais la réalité du réel du monde extérieur elle ne change pas c’est toujours celle de l’Autre celui qui est parqué dans sa différence quelle qu’en soit la nature et les marques visibles ou invisibles
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Écoutez-les beugler ne dirait-on pas des animaux pris par le rut ne sont-ils pas ridicules ainsi chiens aux babines retroussées sur une grimace hideuse quand ils reviennent encore tout chauds de l’odeur de la charogne ou du purin qu’ils puent affreusement et qu’ils frétillent de leurs exploits
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peut-être trouve-t-on trouvez-vous que de cette histoire il y a des absences et elles le sont ces absences absentes comme de toute histoire car on ne voit jamais la présence du marionnettiste quand on voit ses créatures dans leur agitation pas plus qu’on n’en voit les fils qui saccadent leurs mouvements ni la science et les techniques de son art tout réjouis au spectacle qu’il nous donne tout absorbés du déroulement de l’intrigue sur la scène oublieux des rideaux qui masquent oui nous oublions ces marionnettistes que sont les absences pour ne voir que leurs pantins les hommes
…/…
Oh comme ils regardent ont-ils jamais eu pour quiconque ce regard qu’ils ont quand ils regardent comme ils sont fiers partout sur la terre quelle que soit leur couleur de peau quelle que soit leur religion ou leur irréligion qu’ils se courbent sous le fardeau ou qu’ils écrasent de leur fierté des frères juges comme assassins riches et miséreux confondus ils sont les mêmes et ils ont tous ce regard voyez-les ils font à la fois pitié et peur on les envie et on les plaint on voudrait leur dérober les déposséder dans le même temps qu’on sait comme à une outre gonflée d’air qu’il n’en reste plus rien pauvres hommes riches hommes je l’ai vu ce regard j’ai vu votre regard quand vous vous regardez j’ai vu comme vous êtes alors ignorants de tout des femmes et des hommes de qui est avec vous des autres et du monde comme à être uniques et détenteur possesseur et peut-être l’êtes-vous à ce moment-là uniques
060310voilà ce que c’est cette attente chaque matin de ce rendez-vous est-ce que cela vient cette attente oui et encore aujourd’hui ces obligations une demi-heure seulement il me faut bien sortir je n’y coupe pas et hier hier comme cela est affreux ce vide cette absence ce désespoir rien rien c’est la mort le vide l’absence et encore les rebuffades de la machine et encore encore plus rien ne compte mais ne compte jamais alors hier hier ce qui reste ces dialogues d’aveugles ces tâtonnements dans la nuit cette distance et ces appels ces tromperies ce rendez-vous comme à visiter déambuler dans la galerie d’anatomie comparée avec toutes ces fioles tous ces bocaux remplis de formol où flottent ces monstres avec leurs regards vitreux et leur tranquille paix oui lorsque je suis là-bas lorsque je suis là-bas encore toutes ces positions ces attitudes ces comportements par exemple quand dans ma propre chambre face à moi en me regardant dans les yeux et avec ce sourire
et moi toujours à regarder cette forme à supputer où se trouve la bête parce que c’est une bête un animal doué d’une vie propre et là à attendre dans une tanière un bouge un animal gîté sur lequel presque dans l’herbe on peut marcher comme un lièvre un animal une bête assoupie d’abord avec son air trompeur inoffensif une fausse innocuité une apparente immobilité et si l’on regarde bien on y distingue alors des mouvements reptiliens exactement reptiliens primitifs quelque chose de mouvant de fossile cela se tourne se meut sous la surface sous la peau une peau grumeleuse ou carapacée caparaçonnée c’est dessous qu’il y a
une arme de guerre une lourde arme antique baliste catapulte quelque chose de menaçant qui se dresse oui une menace dressée un défi délit déni une effraction
je me souviens de mots qui viennent et de ces lourds battants de bronze qui battent le tambour et le rappel souvent ils ne possèdent pas même dessous rien car ils sont pauvres et leurs vêtements le tissus en est si élimé si usé qu’on en voit la trame si bien qu’il leur est seconde peau et qu’ils en sont plus nus que nus plus nus qu’habillés de ces vêtements usées qui les déshabillent à combien je vole dérobe ces images fragmentaires ces reliefs et ces ballants quelle provocation toujours cet étonnement comment suis-je seul à voir il y a une véritable indécence dont je m’étonne qu’on l’accepte à elle d’être acceptée tolérée par tous et certains certains à croire qu’ils le font exprès
et lui du ventre de la baleine dans ce pays magnifique et dangereux qui me fascine avec ce cul de callipyge et son vêtement trop large qui tombe retenu par ces globes saillants et devant bâille en découvrant ce galbe du bas-ventre il faut cette inégalité d’à lui le corps et d’à moi ce confus des idées les siennes se résument nous parcourons deux mille kilomètres en des régions où ne passent parfois jamais d’étranger ou alors d’où leur dernière visite remonte à plus de quarante ans et elle vient me rejoindre mais nous ne pouvons plus du moins ne le puis-je plus et je le lui dis de toute façon c’est patent nous dormons côte à côte je ne peux même plus faire semblant ni faire la tentative ce n’est plus possible deux mille kilomètres oui et tous les matins réveillés aux aurores bien avant les autres le village même où nous nous arrêtons endormi je pars à la recherche de la première dolotière* qui ouvre parce qu’il me faut déjà pour affronter la journée et les images inévitable (à un arrêt cette silhouette à contre-jour d’un soleil couchant et du travers de la robe très exactement découpé en ombre chinoise visible le couteau)
…/…
m’enfin voilà revenu et lesté encore d’un repas autrement dit la journée est foutue je n’ai pas mes vingt mille jaculatoires on va s’occuper à des riens des bêtises des attentes
…/…
de la musique c’est gentil le passé bien qu’à ne jamais savoir ce qu’il nous réserve les années trente ça me flanque moi la nostalgie (tout est brume tout est gris) quel âge ont-ils ces deux-là je les préfère moi à celles d’aujourd’hui que je ne crois pas même que je vais jusque-là aujourd’hui elle est elle de la banlieue Dieu sait ce qu’il faut jouer avec les fils pour la jeter jusque-là bas il vaut bien mieux infiniment mieux qu’ils ne se rencontrent jamais et pas de niquedouille d’embrouille et de fredaines à plus de cinquante et pige me retrouver obsédé fantôme essoufflé de plus avec toujours ces images qui reviennent toujours et cette jalousie à les voir pétant de santé et de jeunesse à s’en faire craquer et indifférent encore sans même un regard non ça y est pas l’après-midi ça va jamais
…/…
* Endroit où l'on vend la bière de mil rouge (le dolo).
19/08/2007Reçu sur le chat de GA...Vous priant de bien vouloir m'excuser pour l'intrision, je voudrais vous dire que je suis disposée à être une mère porteuse pour un couple dans des difficultés pour avoir un enfant.Si vous n'êtes pas dans ce cas, je vous prie de bien vouloir passer mon annonce à un proche ou une connaissance dans ce besoin : mary_ko07@yahoo.fr 08/08/2007Les premiers pas...Le canard ! Ça a commencé comme ça : il m’a foutu dans son lot, l’animal… *
SEPT PREMIERS PAS
Comment s’établissent les premiers pas, les premières approches, comment se noue le fil et se tisse le lien, entre deux inconnus sur G.A. ?
Voici, extraits de l’historique, les sept premiers échanges (après évacuation éventuelle des banalités phatiques), avec sept inscrits de GA, qui sont les sept « volontaires désignés » pour la suite (textes présentés de manière aléatoire) :
A
- Bonsoir, j'ose te contacter, je suis très impressionné par ce que tu écris.
- Naturellement, c'est d'autant plus gratifiant de recevoir de semblables messages que les derniers textes (Boulevard nuit et Sacrifices) ne sont pas précisément des textes « faciles » ; si tu es sensible au texte en général, je suppose que tu écris toi-même, ou bien suis-je en train de me tromper ?
- Merci de me répondre, j'avoue que ces deux séries m'ont particulièrement intéressé. Tes précédents textes avec plein de personnages m'attiraient peu, me décourageaient, et je suis un mauvais lecteur… Je n'écris pas, non, je n'ai pas non plus à émettre de critique éclairée. Assister en lisant à tes recherches est un plaisir troublant.
- J'ai vu dans ton portrait que tu avais un rapport un peu carnivore, ou cannibale, avec l'objet livre ; j'ai également vu que tu plaçais parmi les écrivains cités Virginia Woolf, as-tu lu Faulkner ?
- cannibale, ou destructeur, oui… Faulkner non ; je manque de curiosité, et ai un goût prononcé pour le superficiel, Brett Easton Elis, Fitzgerald, etc., pas la littérature virile… Céline ou Conrad ne me passionnent pas... par exemple ; mais ne te méprends pas, je ne suis pas un vrai amateur de littérature.
B
- Merci pour le commentaire flatteur
- C'était de bon cœur. J'aime bien ce que tu écris. Je me sens plus ou moins en phase selon le style adopté, mais ça ne laisse jamais indifférent.
- Eh bien j'en suis tout coi !
C
- Ce que je voulais dire : je n'aime pas toutes également vos photos (ou bien fait-il dire « compositions », « illustrations » ?), mais là où vous faites très fort, vraiment, c'est que vous avez créé un style, tout à fait original, poétique, qui reflète bien le monde, et ça, ce n'est pas donné à tout le monde !
- Je dis quoi, maintenant ?... rien. Mais la ligne bleue arrive, doucement, pour vous remercier, [Pseudonyme] s'y associe... [Pseudonyme] sait que son travail n'est pas parfait... Il s'en excuse... modestement, juste pour offrir un bouquet de fleurs... gratuitement... Amitié
- Taratata, [Pseudonyme], cerise sur le gâteau, en plus manie bien les mots, ce n'est pas du tout l'idée d'un travail qui n'est pas parfait que je veux évoquer, bien au contraire, cette cohérence à laquelle tu (allez, fichtre) parviens, qui est le propre d'une création forte, donne au contraire cette impression de perfection formelle ; les... allons-y pour « images » qui me touchent le plus sont celles où l'on perçoit, où je crois percevoir, comme un tremblement, une hésitation, et une certaine façon, dernier moment, de se lancer dans le vide.
Et bien, puisqu'elle est là, je la prends, l'amitié (je suis très impulsif)
D
- Je lis...
J'ouvre au hasard les portes de ce blog.
Je tente d'assembler les fragments du portrait.
Pas encore tout lu mais je suis séduit.
- Merci. Je peux en dire autant, et pourtant je n'ai pas l'habitude de renvoyer l'ascenseur. D'autant que je viens de me réveiller, que voulez-vous faire ? la Société nationale d'électricité nous la coupe avec un entêtement imbécile plusieurs fois par jour et plusieurs heures par fois, alors faut s'entrainer à dormir ou à rêver, je suis assez doué pour les deux, mais vous me posez un sérieux problème avec votre commentaire, si, si, je sais bien que je ne suis pas encore tout à fait éveillé, que je n'ai pas encore avalé mon énième Nescafé (bruit de tirelire) de la journée, mais, preuve que c'en est bien un bien beau, je ne le vois pas, le calami...
E
- Je ne voudrais ni m'imposer ni me montrer inopportun, mais je suis curieux des êtres ; je sais à quel point, il peut être difficile parfois de préserver une certaine intimité ; je serais curieux, oui, de votre vie...
- (vous recevrez ma réponse avec un peu de retard, car je n'ai été prévenu de votre message que lorsque j'ai quitté votre blog où je venais de lire l'un de vos derniers textes, qui m'a beaucoup impressionné, surtout par son rapport « éperdu » à la lecture et au livre...)
- Que voudriez-vous savoir de ma vie ? (J'ai en l'assumant très mal une même curiosité avide de la vie des autres)
F
- Bonjour, j'aime votre sens de l'humour...
- Eh bien moi, je ne suis pas complimenteux, ce n'est pas ma nature, et j'aime la peinture, dire si je peux avoir la dent atroce pour ce qui m'offusque. Mais votre peinture, du moins les reproductions que j'en ai, ça, oui, c'en est, et de la véritable ! J'aime, ce qui n'est pas si fréquent et me change de mes habituelles entreprises de démolition...
Vous avez bien de la chance d'avoir du talent...
P.S. : Il ne s'agit naturellement pas d'un renvoi d'ascenseur, je n'ai pas non plus l'habitude de le renvoyer.
G
- Peur des miroirs?
- Peur, non, mais une confiance très limitée... Les miroirs sont menteurs
- Et le regard des autres n'est pas menteur ? !...
- Il est ce qu'il est, donc il ne peut pas être menteur (je parle du regard, pas des paroles qui peuvent l'accompagner et l'infirmer) ; en revanche, ce qui peut être menteur, c'est ce que chacun imagine du regard des autres (le regard que l'on imagine que les autres ont sur soi)
SEPT CONTACTS ETABLIS
Les sept inscrits sur GA dont la liste suit sont les sept interlocuteurs qui ont participé à ces échanges (dans l’ordre alphabétique de leurs pseudonymes) :
- Apax ;
- Joy ;
- LLLLL ;
- Léopold ;
- Lovestories ;
- Pire ;
- Ronans (retour à l’envoyeur, j’aime retomber sur mes pieds).
P.S. Accessoirement et subsidiairement, le lecteur peut attribuer à chaque échange son interlocuteur (rien à gagner et pas de réponse à attendre).
* Petit rappel :
Chaque blogueur cité doit énumérer sur son blog sept éléments qui le concernent, ainsi que le règlement. Le blogueur doit ensuite citer sept personnes sur son blog, puis leur envoyer un message qui les invite à lire ce règlement et à poursuivre la chaîne.
02/08/2007La voilà, la bonne crevette !BurtRey, 19:30
Oh, il y a de la crevette sous le galet...
Apax, 19:40
En fait, c’est plutôt anguille sous roche que crevette...
BurtRey, 19:47
Quelles vues tendancieuses !
Apax, 19:52
Crevette, crevette, c'est pas ma tendance !
BurtRey, 19:57
C'est mignon, les crevettes, un de mes regrets, avec mes amants, c'est de ne pas voir leur sexe avant qu'il entre en majesté, ce côté crevette justement, cette petite chose, presque timide, enfoncée dans le triple menton du cou ou des couilles, vaguement ridicule, qui semble totalement inoffensive, je trouve que c'est attendrissant... Après, c'est une autre paire (tant pis) de manche (et re) ; bref, c'est toujours pareil, on voudrait que ça ne grandisse pas, et que voulez-vous, ma pauvre dame, ils deviennent grands...
Apax, 20:01
Trop ! Tite crevette deviendra grande... Mets donc ce morceau d'anthologie sur ton blog !
BurtRey, 20:03
D'accord, si tu acceptes qu'on mette notre conversation à partir de l'introduction (décidément) de la crevette, puis la revanche de l'anguille, etc.
Apax, 20:09
Hou lala, il va falloir que je vérifie toutes les âneries que j'ai pu dire, je crains que mon image de marque en prenne un coup !
BurtRey, 20:11
Mais non, au contraire, beaucoup vont découvrir une facette qu'ils ignoraient, et tout à fait sympathique... un peu salée, mais ça corse
Apax, 20:17
C'est sûr, et après tout ça ne me déplaît pas...
01/08/2007"De toutes les formes que nous offre la vie, la plus impérieuse est celle qui exige un couple pour sa pleine réalisation. S'unir est le destin des humains. Et si deux êtres qui se trouvent unis, qui s'attirent mutuellement, résistent à cette nécessité, ne se comprennent pas et refusent d'aller jusqu'à... l'étreinte, au sens le plus noble du terme, ils pèchent contre la vie, dont l'appel est simple. Peut-être sacré. Et la punition de cette faute, c'est l'invasion de la complexité, le tourment de sentiments contraints de se replier sur eux-mêmes, forme de souffrance la plus profonde, dont l'issue peut être finalement significative -- crime ou héroïsme, folie ou sagesse -- ou même décision droite quoique désespérée."
Joseph Conrad, Fortune, récit en deux parties, Roger Hibon trad. , Paris, Gallimard, c1989, 384 p. (coll.folio, n° 2061) : p. 359, 2e § 23/07/2007...Les mots ?
Des mots, tu sais...
Que tu paraisses, et tout se taît. 16/05/2007Infanticide 11et c’est lorsqu’il demande ce verre d’eau que vous comprenez
vous n’attendez pas et sans même être le réflexe d’une femme ou la pudeur de qui désire masquer à la vue de ses semblables l’état bouleversé où vous vous trouvez, vous mettez vos lunettes de soleil sans même y penser et votre chapeau de paille pour affronter la rue et le soleil à cette heure-là de la journée et vous marchez pas à pas dans ces rues désertes et poussiéreuses, sans ombre ou presque à cause de l’heure
vous courez jusqu’à son domicile, un petit pavillon précédé d’un court jardin poussiéreux et vaincu par la sécheresse, avec un portillon de fer sans autre couleur que celle de la rouille, entrouvert sur une allée de gravier envahie par les mauvaises herbes, et sur le pilier de maçonnerie où se trouve fixée la petite plaque de cuivre retenue par un fil de fer, parce que deux vis sur quatre manquent, la petite plaque avec les noms et titres et les heures de consultation, vous pressez le bouton de la sonnette antique en bakélite, sans écho d’aucun son parvenir de l’intérieur, alors vous tentez vainement de pousser le portillon, et vous finissez par vous glisser entre lui et le pilier, et par remonter l’allée jusqu’au perron, les trois marches de briques où pousse de la mousse dans les interstices durant la mauvaise saison, et où maintenant elle est sèche et craquante comme le délicat squelette calcaire d’un organisme minuscule, d’une diatomée, d’un corail, ou d’une algue minérale
devant la porte où vous frappez, et où vous pensez qu’une bonne va vous ouvrir, ou bien une épouse, où en l’absence de tout indice de présence à l’intérieur vous avez le temps d’adresser au vide, au verre épais et moulé protégé par deux grilles de fer forgé, une prière non pas muette mais atténuée, une prière dont tous les mots se forment sur vos lèvres et dont le son même ne parvient pas à les passer, mais y meurt aussitôt, puis d’être saisie à nouveau par le désespoir et la pensée de lui là-bas, allongé sur le côté dans cette position, avec son visage fiévreux et pâle, les nausées et l’odeur aigrelettes des vomissures, maintenant que vous n’avez presque plus à vous raccrocher à la pensée d’une chose qui peut être faite, parvenir jusqu’ici et sonner à sa porte, et que l’on vous ouvre et lui parler ou lui laisser un message pour sa venue
et vos pensées ne vont pas au-delà, à ce moment-là vous n’en demandez pas plus, pas davantage, tous vos désirs concentrés sur cet unique objectif à lui de venir et d’être là
et c’est alors que vous êtes prête à renoncer, prête à vous asseoir là, sur la plus haute des marches du perron en plein soleil avec vos lunettes et votre chapeau, et à rester peut-être jusqu’à son retour, jusqu’à la nuit s’il le faut, c’est alors que la porte s’ouvre, s’entrebâille plutôt, sur de mystérieuses zones d’ombres, un visage à peine entraperçu qui y demeure et le temps de pouvoir reconnaître s’il s’agit d’une femme ou d’un homme, vous êtes surprise de voir que ce doit être lui d’après ce que vous vous souvenez en entendre, ce visage d’homme âgé qui est comme le jardin du pavillon, comme l’allée envahie par les mauvaises herbes, lui par la barbe non taillée, sale, et où même demeurent des débris de nourriture ou de tabac, lui, avec les brettelles appendues, ballantes, et la chemise ouverte, dépoitraillé, avec une toison grise de vieil homme vulnérable saisi par l’âge, avec ces yeux qui clignent à la lumière du dehors, alourdis par les poches des paupières supérieures et creusés par les inférieures où larmoie une muqueuse sanguinolente, humide et tremblotante, et ce regard qui cherche à démêler votre visage et à y reconnaître une vague connaissance, ne sachant pas s’il date de la veille, d’un bar, d’une nuit, s’apprêtant déjà à des dénégations, des protestations et à refermer la porte pour retourner sans doute s’avachir sur un lit dans une chambre aux volets clos
c’est votre voix alors qui s’empare de vous et que vous entendez sans prendre la décision de parler, sans avoir le temps de réfléchir à ce que vous allez dire, sans le temps pour vous de composer un visage, un ton, de donner une intonation, rien de tout cela, oui, vous entendez votre voix et les mots qui sortent de votre bouche dans une espèce de bousculade affolée, suppliante, exactement comme à vous trouvez à genoux devant cette ombre qui maintient la porte entrebâillée, qui ne bouge pas, et ne semble pas comprendre, peut-être même pas entendre
et après un temps infiniment long il vous répond que
Non, non, il n’exerce plus, qu’il faut vous adresser à un des deux
il ne dit pas dit confrères
autres qui exercent encore, qu’il ne peut pas aujourd’hui, qu’il a un empêchement, et pour finir il vous dit qu’il ne se trouve pas en état, et pour dire cela il entrouvre un peu plus la porte et vous voyez mieux la silhouette à l’intérieur et sa fatigue comme à en être une illustration, et vous le regardez, vous le regardez alors que votre voix se tait, que les mots s’épuisent, et votre regard alors comme dans ce portrait d’une femme qui tourne le profil de son visage et de son désarroi et où chaque trait exprime la colère et la solitude des guerres solitaires des femmes, il doit à ce moment-là lire quelque chose que vous vous ne pouvez pas voir, que vous ne savez même pas mettre dans ce regard, car alors il vous invite à entrer en ouvrant plus largement la porte et il vous laisse là dans le vestibule en vous disant de l’y attendre et qu’il se prépare
mais le temps de demeurer dans le couloir, vous voyez par la porte ouverte sur le jardin le vert presque incroyable d’un bout de pelouse avec son odeur d’herbe fraîchement tondue et humide encore sous l’ombre d’un arbre au tronc cicatrisé et à l’écorce épaisse comme une vieille peau couturée et une de ses branches basses avec des jeunes feuilles d’un vert encore tendres et des bourgeons tout gluant de sève et dressant leurs obscènes turgescence, vous avez vu au sol quelques objets éparpillés devenus inutiles sur l’herbe, une chaise longue au tissu déchiré, délavé par l’alternance des pluies et du soleil qui pend en lambeaux, un grille à charbon de bois sur un trépieds qui achève de rouiller
et vous entendez des cris tout proches et ces bris d’images comme d’une désolation cassée s’associent avec celles des objets autour de vous
le porte-parapluies en cuivre repoussé où sont fichés un large parapluie de golf, plusieurs bâtons de marche taillés dans des branches droites et plus ou moins habilement ouvragés au couteau, mais au travail inachevé et quelques cannes
la vue sur l’escalier avec son molleton, moquette rouge fatiguée, qui peluche, et ses tringles de cuivre qui ont bien besoin d’être astiquées
le portemanteau avec un chapeau de paille et un vieux loden, une sacoche pendue par sa sangle
la console au plateau de marbre veiné de bleu avec différents objets oubliés là
un bouquet de fleurs séchées, des immortelles notamment, dans une belle poterie ancienne vernissée avec un bec et deux anses
un trousseau de clé
des papiers apparemment sortis d’une poche où ils se froissent
un couffin en sparterie dans lequel se trouvent trois coloquintes veinées de vert et de jaune et une courge verruqueuse d’un orange flamboyant qui paraît vernie
console surmontée d’une grande glace au sommet retenu par deux cordelets et au cadre fatigué, écorné, de plâtre doré qui laisse voir à certains endroits l’armature
et là vous voyez l’image d’une folle au visage ravagé parmi les tavelures et les taches de son du miroir comme embué, et lorsque vous voyez cette image elle vous repousse aussi sûrement elle vous chasse d’ici et vous allez attendre dehors sur le perron
et lorsqu’il revient habillé à la hâte, mais non plus dépoitraillé et les brettelles appendues avec son chapeau et ses curieuses lunettes retenues par leur cordon sur sa nuque, avec à la main sa vieille sacoche, lorsque vous le regardez et que vous remarquez la transformation opérée en lui, que ses mains ne tremblent plus, ou du moins plus autant, et que la sueur à son front diminue, peut-être absorbée par le mouchoir aux quatre coins noués dont on vous dit qu’il fait partie de son accoutrement, que vous parcourez lui devant sans vous attendre bien que de petite taille et ventripotent, il n’a plus rien de l’homme âgé et fatigué de tout à l’heure mais semble au contraire insufflé d’une énergie renouvelée alors que vous, encore essoufflée par la course pour venir jusqu’à ce pavillon par les rues désertes et assommées de chaleur, vous peinez à sa suite
oui, alors qu’il revient et qu’il passe devant vous, vous sentez l’odeur qui surmonte celles associées mêlées de son tabac, de la laine de son maillot et de sa sueur, vous sentez cette odeur qui vous écœure et vous fait peur en même temps
et lorsqu’il vous invite à monter dans sa voiture, vous refusez en pensant que vous allez plus vite à pied et même en doutant de son antique guimbarde pouvoir jamais démarrer et vous ne voulez plus rester éloignée de lui là-bas, et à ce moment-là où vous commencez à vous éloigner après entendre le bruit du démarreur de la voiture s’étouffer à plusieurs reprises, alors que vous vous retournez au cours d’un silence, vous le voyez au volant sortir de la poche intérieure de sa veste un de ces flacons de métal argenté, incurvé et gainé de cuir, où après avoir dévissé le petit bouchon brillant, vous le voyez boire au goulot une rasade, puis une autre, si bien que vous mettez au compte des tentatives désespérées celle-ci, que vous êtes folle d’accomplir, en donnant raison à ce moment-là à ceux qui tentent de vous en dissuader et vous préparant à n’en attendre rien
et vous revenez échevelée et en sueur, cœur battant, les mains se frottant l’une l’autre, se tordant l’une l’autre, les mains comme deux affolées qui se blottissent, puis se déprennent sans jamais trop s’éloigner, sans cesser vraiment de se toucher dans de longs adieux sans cesse remis, et vous revenez pour entrer à nouveau dans cette chambre dont déjà s’empare l’odeur de la maladie, de la sueur, de la fièvre, de la cuvette où s’attiédissent les glaires et les vomissements, dans le silence inhabituel des pièces et les persiennes à demi closes, la fenêtre entrebâillée à peine, un pot de faïence avec dedans deux roses déjà défraîchies, posé sur le rebord pour qu’il n’incommode pas le malade alité et dans le silence le bourdonnement d’une abeille ou peut-être est-ce une guêpe
mais lui comme désormais entêté, buté, lancé comme un bœuf, décidé à parvenir au bout de son sillon, animé d’une force nouvelle, le regard changé, il arrive précédé du bruit de sa voiture, son vieux modèle, plus vieux encore que la vieille voiture, petit, ventripotent, avec ses antiques bretelles à l’extrémité desquelles s’accrochent les amples pantalons à des doubles boutons, avec la chemise aux revers des manches et au col usés jusqu’à la trame, comme d’un homme qui vit sans l’environnement et la protection d’une femme, avec un bouton qui manque et qui laisse voir dessous par l’entrebâillement du tissu un morceau de peau d’une blancheur incroyable, avec la proéminence de son ventre de buveur de bière et de toutes sortes d’autres liquides sous réserve qu’il possède une teneur en alcool avérée, avec son antique chapeau de paille qu’il prétend être un Panama, mais qui n’en est pas un, et dont la paille s’effrite et sous lequel il tient à son habitude, à laquelle plus personne d’ici ne fait désormais attention, à glisser son ample mouchoir de coton imprimé noué aux quatre coins qui lui couvre la tête comme un bandana, et qui déborde du chapeau qui doit le protéger de la sueur mais qui ne le protège pas, car ce n’est pas une sueur due à la chaleur, ni au soleil, mais due à l’alcool, surtout lorsqu’il en manque, lorsqu’il commence à en ressentir le manque, et que ses mains, ses doigts commencent à trembler
il arrive ridicule et incongru, anachronique et image vieillie, métaphore morte, que personne ne songe à rajeunir, le vieux médecin de campagne truculent et alcoolique mais Attention au diagnostic sûr, voire infaillible, surtout lorsqu’il boit, vous remarquez, parce qu’à jeun c’est moins sûr, le vieux médecin de campagne brusque et grognon, qui cache son émotivité, sa compassion derrière la brutalité de ses façons et qui noie dans l’alcool un mystérieux secret
il arrive, alors que vous le guettez, que vous en guettez la venue depuis le perron de l’entrée sous l’ombre et le soleil démêlés par la trame de la treille comme une de ces images de la presse régionale avec les ombres et les lumières transformées en petits points noirs ou en petits points de rien du tout, de pas d’encre sur le papier
il arrive, et avant de s’extirper, de s’extraire, d’émerger, et de souffler, il prend le temps encore de visiter le flacon de la poche intérieure de sa veste, et barbe sale et lunettes archaïques, pour parfaire l’image sans mentir puisqu’il est bien ainsi, comme à vouloir se conformer
il arrive, et vous le regardez sans savoir s’il vous faut le regarder comme le messager d’un destin déjà sanglé dans des vêtements de deuil, ou bien s’il vous faut le voir comme l’homme de la science en butte aux assauts du destin
d’une science qui paraît bien faible et dérisoire avec son sac de cuir fatigué, craquelé, fendillé, où logent ses antiques instruments, son stéthoscope qui doit dater de ses années d’internat, son petit marteau nickelé, ses ordonnances qu’il écrit et qu’il signe de son stylographe, mot qu’il emploie pour cultiver jusqu’au bout sa désuétude, dont il dévisse le capuchon lorsqu’il s’installe à la table de ces cuisines de fermes, des ces grandes maisons sombres humides et à l’intérieur toujours un peu froid, et toujours triste, qu’on lui fait une place parmi le fouillis toujours présent, qu’on passe un coup de torchon hâtif sur la toile cirée, couturée et balafrée, décolorée par l’eau de Javel, et il ne répugne pas, jamais, lui, comme ses confrères, quelle que soit l’heure, au petit coup qu’on lui propose car on connaît partout son penchant et on sait qu’il n’est pas besoin d’attendre pour le resservir et même qu’au bout d’un certain nombre de verres il n’est plus besoin de le resservir, car il se sert tout seul en s’emparant de la bouteille, et que le plus souvent il la vide, avalant n’importe quoi, depuis le vin rouge de pire qualité jusqu’à ces préparations que font les femmes et qui macèrent des années durant derrière la vitre sale d’un buffet et qu’elles servent dans de petits verres épais et minuscules où l’on voit en transparence les défaut de la matière qui forme comme des yeux, des remous d’une eau figée où la vue se trouble et que l’on vide d’un coup en faisant la grimace, mais lui ne la fait pas
oui, il arrive et vous vous tordez les mains en l’accueillant et en le faisant entrer dans la pièce où il repose sur le côté en chien de fusil, pâle et fiévreux, le visage semblable déjà à un masque mortuaire et vous vous dites
Je ne dois pas penser des choses pareilles
en sentant les larmes monter à vos yeux sans pouvoir en franchir la barrière, car à ce moment-là c’est comme à n’en avoir plus, plus de larmes asséchées par l’inquiétude, l’angoisse, la peur viscérale, animale, qui ronge et mange tout au-dedans de vous, comme un acide, une rouille, une décomposition
et comme toujours, il s’emporte après tout et après rien, et eux qui sont d’ici, n’y font pas attention ou alors tiennent leur rôle dans une distribution déjà faite depuis longtemps, aux répliques connues par cœur
et c’est fini, la consultation est finie, il dit qu’il a terminé, et vous attendez que tombe de ses lèvres les paroles rassurantes que vous vous répétez en vous disant qu’il n’est pas raisonnable de votre part de vous mettre dans des états pareils, que ce ne peut être autre chose qu’une fièvre, une de ces maladies infantiles qu’il est préférable de contracter quand il en est le temps, et contrairement à votre attente, il ne procède pas à ses brusqueries ou à ses plaisanteries ordinaires, mais au contraire demeure inhabituellement silencieux et discret, et il en oublie même de demander un verre au moment de s’attabler, et vous le voyez soupirer, et plus que tout pour, non pas vous inquiéter, car à ce moment-là vous franchissez depuis longtemps la frontière de l’inquiétude, mais pour vous statufier, vous le voyez s’asseoir et s’éponger le front, et surtout, surtout, demander un verre d’eau et si sur le coup vous n’y prêtez pas attention, par la suite c’est ce verre d’eau qui rassemble toute votre inquiétude, qui signe les paroles qu’il ne prononce pas encore, et qu’il dit ensuite, oui, tout se concentre dans ce verre d’eau demandé, qui signifie l’équivalent d’une condamnation
et c’est toute cette pesanteur des choses, cette lourdeur, qu’il vous semble percevoir dans ces personnages qui tentent de s’en composer un, sans parvenir à échapper à ce qui est ailleurs un cliché mais qui peut-être ici, pour les gens d’ici, est à un moment ou à un autre une originalité, une excentricité, oui, vous le regardez avec cette fatigue de devoir faire semblant de croire encore à son personnage et à ses accessoires, de donner la réplique, et lui aussi maintenant semble las de ce personnage qu’il joue, et qu’il use aussi, et dont il se demande dans de bref moment de lucidité s’il n’est pas une espèce de charité que les gens d’ici lui font 15/05/2007Infanticide 10oui, je ne peux pas imaginer la suite, je ne peux pas imaginer qu’il y a un commencement en route, un commencement en marche, qui se lève et qui se met en route, et à cette époque il est encore bien peu crédible et encore moins crédible à lui d’avoir une suite, de n’être pas qu’un commencement sans suite, une de ces choses qui avortent, qui sont mort-nées
non, je ne me doute de rien, la seule chose dont je ne doute pas c’est que nous sommes en route nous aussi, mais nous nous le sommes en direction de ces murs, de ce décor et de ces objets qui nous attendent comme un piège à mâchoires tendu, pas même dissimulée l’odeur du piégeur, pas même masquée d’anis, ou de menthe, ou de graisse ani-male, non un piège à ressort bien tendu et bien visible dont la mâchoire bée et nous attend
alors nous arrivons dans la mâchoire du piège et il se referme comme toujours sur nous, avec ses murs, son décor et ses objets, et nous disons que la vie reprend quand ce n’est pas la vie, car ce n’en est pas une, et je ne sais pas ce qu’elle est si je sais ce qu’elle n’est pas, et le décompte recommence dans ma tête au moment même de refermer sur moi la porte de ma chambre et de retrouver toute la hideur des choses
je ne sais pas combien de jours s’écoulent avant la première, mais peu, je me souviens de rentrer un soir et elle me dit qu’une lettre est arrivée pour moi et je prends l’enveloppe et je regarde d’abord le cachet de la poste et je vois que c’est de là-bas où nous étions encore dans cette parenthèse quelques jours avant, et je regarde longtemps le cachet de la poste et les timbres collés et maculés par l’oblitération, et je lis aussi plusieurs fois mon prénom et mon nom suivis à la ligne de mon adresse écrite, et cela me fait un drôle d’effet d’être précisément là, à l’endroit même que désigne cette adresse, et d’être moi cette personne que désigne ce prénom que je n’aime pas, et ce nom qui n’est pas mien, et que je n’aime pas non plus, et aussi c’est la première fois pour moi de recevoir une lettre ainsi, sans savoir qui me l’envoie, car je ne connais personne là-bas, et des amies de vacances avec qui nous échangeons inévitablement nos adresses, et à certaines desquelles j’en donne une fausse, aucune ne vit là-bas si bien que je ne sais pas qui m’écrit cette lettre, alors je la retourne pour voir le nom de l’expéditeur au dos, que je vois sans le lire au moment de tourner l’enveloppe avant de lire la suscription, et je lis soigneusement calligraphié en capitale d’imprimerie l’initiale suivie du nom de famille, un nom qui ne me dit rien, et comme il n’y a devant que l’initiale du prénom cela me dit encore moins, et je ne sais pas même si l’expéditeur est une femme ou un homme
mais en même temps j’éprouve un curieux sentiment, un peu comme à être une façon pour la parenthèse, sans se poursuivre tout à fait, du moins à prolonger sinon son existence mais son souvenir, ou si vous préférez, de sentir à nouveau les effluves d’un parfum oublié, car le souvenir d’un parfum n’est pas un parfum, mais des images et des mots qui vont avec, et peut-être j’éprouve quelque chose qui ressemble à de la reconnaissance pour cela à l’expéditeur, à l’inconnu ou à l’inconnue qui m’écrit cette lettre, mais à aucun moment je ne pense à celui-là
et lorsque j’ouvre l’enveloppe sans la déchirer, bien qu’à être une idée absurde, et lorsque je déplie les feuillets pliés en deux et couverts d’une écriture fine recto verso et sans beaucoup de marge, une écriture régulière et sage aux lignes bien droites, aux alinéas bien alignés verticalement, aux feuillets numérotés même, je ne comprends pas qui m’écrit, et si je vois très vite qu’il s’agit d’un homme, je comprends encore moins, car je n’ai le souvenir d’aucun d’eux, si bien qu’au début en l’absence de souvenir, il me faut le doter d’un visage, d’une silhouette, comme d’un inconnu, d’un correspondant que je ne vois jamais, d’une voix avec ses inflexions, et finalement je me dis que c’est mieux ainsi, parce que je peux le modeler à ma convenance, et la lettre me parle de là-bas, et de celui-là, ce qu’il fait, que la saison est finie, que l’agglomération a repris son rythme, mais qu’elle paraît vide maintenant, qu’il fait encore beau
oui, il m’écrit ainsi plusieurs feuillets recto verso, de ces petites choses sans importance, mais qui ont pour moi le charme d’être un autre décor, où se trouvent d’autres objets, et d’autres murs, et simplement de n’être pas ceux entre lesquels je me trouve retenue
j’ai du plaisir à lire cette lettre et même si j’attends plusieurs jours avant d’y répondre, même si je me dis que je le fais et que je remets toujours l’instant de le faire, je finis néanmoins par écrire une réponse et l’adresser à l’initiale suivie du nom de famille, car je ne me souviens même pas du prénom de qui m’écrit
et ce n’est qu’après la troisième lettre, et parce qu’il y fait allusion, qu’il fait allusion à cette danse lors de cette fête, qu’il me revient vaguement le souvenir effectivement d’un parmi d’autres avec lequel je danse, mais celui-là je m’en souviens un peu plus que des autres, parce que je dois aller l’inviter moi-même, encore que je n’en ai pas l’idée, non, ce n’est pas moi qui en ai l’idée, c’est une de nos voisines de l’immeuble dont aujourd’hui j’oublie le nom, et qui le jour de l’enterrement est là dans l’allée de gravillons blancs et qui s’approche de la silhouette noire et verticale, flanquée de celles immenses des cyprès de gauche et de droite, pour lui rapporter avec la fierté d’une chienne un os à ronger, ça, cette bribe maintenant que tout est fini, que j’espère que tout est fini
et alors les lettres se succèdent régulièrement, toujours aussi prolixes et toujours aussi neutres, jamais il n’écrit pour parler de sentiments qu’il éprouve à mon égard, il écrit simplement qu’il a du plaisir à m’écrire, qu’il a l’impression que nous nous comprenons, enfin de ces mots qui ne veulent rien dire, mais je lui réponds de même, non pas que je crois à ces mots, mais je m’habitue à recevoir ces lettres, je sais les jours de leur arrivée et lorsque par accident l’une d’elles ne me parvient pas à la date prévue, j’en éprouve comme un manque, mais ce n’est pas de lui et de ces sentiments qui envahissent de plus en plus ses lettres, ou de ses projets, de ses espérances, de la façon dont il voit son avenir, de ses questions sur ce que moi j’éprouve, des réponses qu’il attend, non, ce n’est pas tout cela qui me fait attendre ses lettres, c’est simplement quelle viennent de là-bas, que je les sens en m’attendant à y trouver l’odeur de là-bas, et non pas encore parce que là-bas me semble un lieu enviable, non pas du tout, simplement c’est là-bas, ce n’est pas ici, c’est un éloignement, le plus loin me semble-t-il à cette époque, à moi de pouvoir aller, c’est une opportunité, aussi bien ce peut être ailleurs, du moment que ce n’est pas ici, du moment que c’est loin, du moment que c’est ailleurs, loin de ces murs, de ce décor, et de ces objets, et loin d’eux
et cela dure depuis presque un an, je crois, lorsque arrive cette lettre, et comme pour mieux marquer sa différence d’avec toutes celles qui la précèdent et de celles qui peut-être la suivent, ou au contraire de leur absence, pendant presque deux semaines, je ne reçois plus rien, et plutôt que de m’en inquiéter, j’en suis agacée et vexée, à rompre cette correspondance, je veux m’en revenir l’initiative, je ne supporte pas cette idée à lui d’interrompre ainsi, comme à être sans importance, à n’exister pas, non cela m’est presque intolérable, cela m’est d’autant plus intolérable, que je ne peux rien faire et que répondre revient à montrer ma faiblesse, je m’efforce donc de n’y pas penser, mais j’y pense toujours lorsque arrive la lettre, et je me dis toujours que s’il faut faire commencer à un commencement possible, c’est à cette lettre, oui, c’est sur cette lettre et ce qu’elle contient, et ce qu’elle attend de moi et de ma réponse que se joue la suite
et comprenez-moi, lorsque je la lis, lorsque je lis ces mots qui se suivent et qui forment des phrases, et que je comprends ce qu’il m’écrit, je ne pense pas à l’homme qui écrit cela, qui m’écrit cela, je ne songe même pas à la signification que lui il accorde à cela, à ce que cela peut représenter pour lui, et à ce que ma réponse peut représenter pour lui, et à tout ce qui peut s’ensuivre, non, je ne pense à rien de tout cela, je ne pense et je ne vois qu’une chose qui est de fuir ces murs, ce décor et ces objets, oui, même si ce n’est pas écrit dans la lettre que je lis, ce que j’y lis, moi, c’est cela, c’est fuir, et peu importe de fuir avec cet homme plutôt qu’avec un autre, je me dis pourquoi pas celui-là, après tout, je me dis il a des qualités, je me dis que je le connais mieux qu’un inconnu, parce que j’ai quelque part dans une petite boîte orientale en bois laqué où sont représentées des grues, et avec une serrure et une minuscule clé que je porte en sautoir
oui, ma hâte de fuir est telle que je trouve toute sorte de raisons de préférer celui-là à un autre, et je me dis qu’il est le premier et que cela en soi est une bonne raison, car je ne peux savoir quand se présentera une nouvelle occasion de fuir
c’est ainsi que je les convainc de retourner là-bas contrairement à leurs habitudes, de faire exception pour la seconde année consécutive à leurs habitudes ou d’en créer de nouvelles, et qu’il cèdent peut-être parce qu’ils commencent à me regarder avec une espèce de crainte, à me regarder comme une étrangère, ou en partie étrangère, parce que nous partageons de moins en moins de choses, de moins d’idées, de moins en moins de goûts, peut-être parce qu’ils craignent de me voir m’éloigner définitivement, ils cèdent, et nous retournons là-bas
et lorsque je le revois, ou plutôt je dois dire, lorsque je le vois, tant je n’ai presque pas gardé de souvenir de lui, j’éprouve naturellement cette déception par rapport à ce que j’en imagine, au visage que je lui prête, à la voix et à la silhouette, mais cela ne me dérange pas outre mesure, parce qu’à côté de son visage réel, de sa voix et de sa silhouette réelles, ceux que je lui imagine continuent d’exister et peut-être existent même davantage, si bien que je ne m’en préoccupe pas, que je me dis que cela n’a pas beaucoup d’importance, que ce qui est important est de fuir, même si c’est avec lui, si c’est lui la fuite
et il organise tout avec un esprit d’à propos et une détermination qui m’étonne, si bien que nous nous retrouvons invités, eux et moi, dans sa famille, si bien qu’il les persuadent que je peux profiter de la chambre vide de l’absent, et bien qu’ils n’y consentent que contrits et contraints, ils y consentent, et pour moi c’est déjà fuir, que de quitter l’hôtel et de venir dans cette chambre inconnue aux murs, au décor et aux objets inconnus, cette chambre où règne une ambiance si différente de celle qui règne dans la mienne, là-bas, parce que c’est la chambre d’un garçon, d’un jeune homme, d’un inconnu, et le premier soir, au moment de me coucher, j’éprouve une curieuse sensation de me trouver là dans cette chambre, et dans ce lit, et de regarder ces objets qui viennent d’encore plus loin, et il me semble qu’il y a une odeur particulière à cette chambre, pas un parfum, non une odeur que ce jeune homme inconnu a laissé derrière lui et qui me dépayse  |
| — Alors, et toi, me dis L’Autre soudain alors que cela faisait plus d’une heure que nous parlions.
— Moi ?
— Oui, oui, toi…
Il y a eu un court silence. Il s’était retourné une seconde vers moi.
— Moi, je voulais une vie.
J’expirai la fumée que je venais d’avaler.
— Je la voulais pas meilleure qu’une autre, mais je voulais que ce soit la mienne. C’est bien toujours la même histoire, allez ! Ombre, cris, pistons, rigodons. Tournez manèges, et à tous les passants encore ! Ma chambre, moi, elle est tout ouverte ! Tout le monde y défile, ça y va à la manœuvre ! C’est le pavé, ma descente de lit. Y’a foule tous les matins, ça piétaille, bouquille, tant et des plus... Je vais vous dire, j’en ai rêvé du désert. Toutes les rues que j’ai rêvées, moi, bien vides du chaland... Ça me casse, tiens, rien que d’y penser. Ça appelle bernique ! T’affouille ! Mon grenier, il rameute, le bruit que ça fait là-haut ! Et l’œil chiasseux, ça pète du nord jusqu’au bout. J’ai plus de trésors, on m’a tout pris, spolié, vidé, trucidé, cent, mille fois, écartaillé par les pompeurs de République, claque ! La liberté, je vais vous dire, ça appelle les chaînes. Désormais rompu par ce mot premier
Comme un pain que des mains écartèlent
Celui-là se dissout s’enfuit avant disparaître
Où celle-ci se déroule se construit après naître
Déjà ce je que j’usurpe attend sa fin
Qui Elle vient imminemment là
Parole désormais close absoute abolie à peine naître
Abandonnée à un mot qui le sera sans l’être
Cède après ton dernier
Devant celui qui te suit sans lettre ADOPTER DES PARENTS
Notre rubrique s’intéresse aujourd’hui au problème peu connu de l’adoption de parents.
Je recommande vivement l’adoption de parents ; il est beaucoup plus facile d’adopter des parents que des enfants ; l’adoption de parents ne présente que des avantages par rapport à l’adoption d’enfant, toujours hasardeuse. En adoptant des parents, on sait où on va : leur vie est faite, elle n’est plus à faire : on sait ce qu’on adopte tandis que des enfants, des enfants, avec tout cet avenir devant eux, c’est très hasardeux, l’avenir, tenez, moi, par exemple, je voulais devenir général lorsque j’étais enfant parce que je trouvais l’uniforme de cérémonie élégant et que j’avais appris que l’État en fournissait deu |